un peu de people ? Voici Mayim Bialik !

Un peu de people, voulez-vous ?
bigbangtheory_logoPeut-être connaissez-vous l’hilarante sitcom The Big Bang Theory. On y suit la vie de Sheldon et Leonard, deux jeunes chercheurs physiciens, colocataires et complètement geeks, de leur jolie voisine Penny, aspirante actrice et serveuse de son état, et de leurs amis.

amy-farrah-fowler-pictureL’insupportable et génial Sheldon a une « girl, friend, but not girlfriend« , Amy Farrah Fowler, chercheure en neurobiologie. C’est un personnage très attachant dans son désir malhabile de connection et d’amitié avec les autres filles de l’histoire. Elle est incarnée par Mayim Bialik… qui se trouve être docteur en Neurosciences elle-même…

home_mayim… et, maman de deux garçons, elle s’implique beaucoup dans la diffusion d’informations sur le parentage proximal (attachment parenting). Elle est l’une des portes parole du Holistic Moms Network, une association à but non-lucratif dédiée au soutien et à la promotion d’un style de vie et de parentage, écologique et holistique. Elle relate son parcours et ses convictions issues, à la fois de son expérience de mère et de ses connaissances scientifiques, dans un livre tout juste paru : Beyond the Sling.

Pour Mayim, l’approche naturelle, guidée par l’enfant, du parentage proximal, ne semblait pas simplement bonne émotionnellement, mais cela faisait sens aussi intellectuellement et instinctivement.

Son site web : http://mayimbialik.net/

(et c’est grâce à Alanis Morisette que j’ai appris ça)

Soutien à Sophie Robert, « Le mur »

Vous vous souvenez sans doute des deux scandales associés au film « le mur », réalisé par Sophie Robert.
lemurheaderLe premier scandale est lié au contenu du film : on y voit des psychanalystes manquant singulièrement de connaissances médicales défendre un point aussi dépassé que criminel sur la prise en charge et l’étiologie de l’autisme.

Car c’est là que vient le second scandale : il s’agit du procès que trois psychanalystes interviewés dans le documentaire ont intenté à Sophie Robert, l’accusant d’avoir déformé leurs propos. Cette accusation semblait ridicule parce qu’une immense majorité de parents d’enfants autistes peuvent (et ont) témoigner que les propos tenus dans le film reflètent avec précision les propos qu’ils ont pu entendre lors de consultations. Pire encore, des rushes non inclus dans le film montrent une plaignante tenir un discours bien plus inquiétant que ceux inclus dans le film (rush au cours duquel elle accuse effectivement les mères d’avoir causé l’autisme de l’enfant). Ces rushes, fournis au juge qui traitait ce dossier, n’ont pas été considérés et Sophie Robert a perdu le procès ! Même les associations de journalistes ont été bouleversées par un jugement aussi révoltant et ont argué que c’était la liberté de presse qui était bafouée.

Sophie Robert souhaite continuer son travail. Il y lui reste une grande quantité de matériel vidéo tout aussi fascinant sur la psychanalyse, qu’elle projette de monter en trois documentaires supplémentaires. Malheureusement, ce procès lui a couté une petite fortune, et elle a besoin de fonds pour continuer son travail. On peut lui faire un don, voire devenir coproducteur des films à venir. Même les tenants sincères de la psychanalyse ne peuvent qu’encourager ce travail de dénonciation. Ainsi que le déplorait déjà Sandor Ferenczi, un des disciples les plus proches de Freud, de nombreux psychanalystes manquent de rigueur, d’éthique, et se drapent trop souvent de jargon incompréhensible pour masquer leur hypocrisie et leur indifférence (voire leur mépris) vis-a-vis de leurs patients.

Vous pouvez participer à ce projet en faisant un don ou en devenant co-producteur de la série.

Violence lors de l’accouchement : campagne d’Amnesty International

img_web_0viewAmnesty International a lancé une campagne virale aussi originale que nécessaire : une vidéo dénonçant des conditions d’accouchement  violentes en Uruguay devait atteindre « zéro vues » sur internet. Une formule rhétorique bien entendu, puisque l’objectif était véritablement que 44000 personnes voient cette vidéo, le compteur décrémentant de 1 à chaque visionnage, au lieu de l’augmenter.

44000, c’est aussi le nombre de femmes qui donnent naissance chaque année en Uruguay.

L’objectif d’Amnesty a été atteint. On peut néanmoins toujours regarder cette vidéo sur leur site. La partie la plus désolante de cette histoire, c’est qu’il est bien inutile de chercher au bout du monde des exemples de mauvais traitements dans les maternités : nombre de femmes françaises y reconnaitront sans peine les conditions de leur propre accouchement. Tout ce qui a été dénoncé (notamment dans nos livres : « le bébé est un mammifère« , « passage de vies« , « curiosités des l’enfantement« ) s’y trouve : le corps de la femme traité comme un objet, remarques infantilisantes (« vous avez vraiment assisté aux cours de préparation à la naissance ? »), humiliantes (« Coopérez, coopérez ! »), culpabilisantes (« vous voulez perdre le bébé ? »), tout ce qui peut contribuer à rendre un accouchement difficile est là. La fin de l’histoire est hélas sans surprise : la maman, soumise à un tel stress, ne pouvant pas dilater assez vite du point de vue du médecin, est envoyée au bloc pour une césarienne…

0 Views: Un video que deberíamos dejar de ver. from Amnistía Uruguay on Vimeo.

 

No mammo ? Enquête sur le dépistage du cancer du sein, Rachel Campergue, éditions Max Milo, 2011

51je-v0ex3l_ss500_1 No mammo ? Rachel Campergue est kinésithérapeute ; elle est aussi vidéaste, engagée dans la préservation de la faune polynésienne. C’est en tant que simple patiente orientée « mécaniquement » vers le dépistage du cancer du sein par mammographie qu’elle s’est interrogée sur cet examen : son historique, ses résultats, ses risques et ses bénéfices ; ainsi que plus largement sur ce que représente, dans les sociétés occidentales, le cancer du sein.
Le résultat est un livre de presque 500 pages, extrêmement documenté, très facile à lire malgré quelques longueurs qu’on lui pardonne bien volontiers, tant Rachel Campergue fait œuvre utile et admirable. (Point de vue que partage le médecin généraliste blogueur Docteur du 16, en qualifiant l’ouvrage de Rachel Campergue de « livre de référence ». Je renvoie à l’excellente note qu’il y a consacrée pour les références médicales précises : http://docteurdu16.blogspot.fr/2011/11/no-mammo-de-rachel-campergue-un-livre.html).
Rachel Campergue commence par un décryptage du marketing indécent autour d’ « Octobre Rose », puisque ce mois est consacré dans de nombreux pays à la promotion quasiment publicitaire des mammographies de dépistage ; de nombreuses marques se raccrochent opportunément à cet événement pour améliorer leur image, en se contentant de rosir (littéralement) leurs emballages ou leurs produits, et de reverser un pourcentage ridicule de leurs bénéfices à des associations de lutte contre le cancer du sein, dont Rachel Campergue nous apprend qu’elles se consacrent en fait presque uniquement à la diffusion d’appareils de mammographie. Dès cet instant, on touche du doigt une des principales fraudes autour du cancer du sein : la confusion – délibérée ?- entre dépistage, c’est-à-dire détection d’une maladie, et prévention, c’est-à-dire empêchement de sa survenue. Au vu des entreprises qui participent à Octobre Rose, dont certaines fabriquent des produits alimentaires, cosmétiques, ou même des voitures, et qui donc contribuent à créer des cancers, on mesure l’odieuse hypocrisie de la situation. Modifier leurs produits auraient un impact infiniment plus grand sur la prévention du cancer, que les quelques dollars qu’elles reversent presque directement aux fabricants de mammographes.
Rachel Campergue en profite pour souligner l’infantilisation humiliante dont sont victimes les femmes lorsqu’il est question du cancer du sein : les malades, submergées de cadeaux promotionnels tels que des crayons de couleur, du maquillage et des peluches, censés les aider à soutenir leur moral ; et toutes les autres femmes, via les incitations mi-paternalistes mi-comminatoires à se soumettre au dépistage. Elle décrypte brillamment les courriers adressés systématiquement aux femmes entre 50 et 70 ans dans les pays où le dépistage généralisé est organisé ; on ne peut pas ne pas remarquer ces affiches un peu partout, puisque les départements sont en charge de ce dépistage, et montrent aux arrêts de bus les femmes « responsables » qui se prêtent docilement à cet examen, financé par le contribuable.
On peut aussi penser à la tentative d’influencer les femmes via les people (cf ma précédente note sur l’allaitement !), avec les photos dénudées de « stars » qui sont supposées définitivement convaincantes. Ou encore cette femme, l’air grave, dont on affirme, qu’en « montrant ses seins », elle a « sauvé sa vie ».
Or, et c’est là que le bât blesse, il n’est malheureusement pas du tout certain que « montrer ses seins » contribue à sauver des vies. C’est la conclusion iconoclaste, dérangeante et finalement inconfortable de chercheurs scandinaves, qui ont calculé qu’il n’y avait pas d’effet positif sur le taux de mortalité générale entre les femmes dépistées et les femmes non dépistées…
Le dépistage, c’est essentiellement la mammographie, examen radiologique des seins, nécessitant de les écraser entre deux plaques, et destiné à repérer des modifications du tissu mammaire susceptibles de signaler une prolifération de cellules malignes. D’emblée, Rachel Campergue souligne que le caractère douloureux de cet examen s’inscrit dans la triste lignée de la maltraitance du corps des femmes par la médecine, et son analogie avec une improbable « testiculographie » qui n’aurait bien sûr jamais pu avoir lieu dans les mêmes conditions, est particulièrement révélatrice. Rachel Campergue, en tant que kinésithérapeute ayant appris que toute zone suspecte de tumeur ou d’infection ne doit pas être massée ou pressée, s’interroge d’ailleurs extrêmement justement sur les effets de cette compression sur un tissu qu’on suspecte d’être cancéreux… C’est manifestement la seule.
Comme dans tous les examens radiologiques, la dose reçue aussi pose question ; elle a été calculée pour un « sein moyen », ce qui implique que les « seins non moyens » ne reçoivent pas la dose « optimale » ; mais, les coups de fil qu’elle a passé en témoignent, les radiologues minimisent drastiquement la réalité des doses reçues, ou le fait que cela puisse poser problème.
Et c’est là un autre aspect fort dérangeant de la mammographie : le risque de cancer radio-induit, d’autant plus grand que la femme qui la passe est jeune (non ménopausée) et pire, prédisposée génétiquement au cancer du sein… Que ceux et celles dont les voix s’élèvent pour réclamer des mammographies de plus en plus précoces s’informent sur cet aspect des choses…
Nouvel élément perturbant, le taux de « cancer », détecté par les mammographies, ne cesse d’augmenter ; on dit « cancer », mais il s’agit en réalité d’ « images » radiologiques jugées non conformes (avec là aussi, Rachel Campergue le documente parfaitement, toutes les imprécisions liées à l’interprétation humaine, entrainant faux positifs et négatifs). Parmi ces images certaines sont de vrais cancers, d’autres des anomalies bénignes, et pour d’autres, enfin, et ceci est démontré par des études qui ont analysé des écarts de temps variables entre deux mammographies successives, des cancers qui régressent tout seuls.
Car ce à quoi conduit finalement la mammographie, c’est à s’interroger sur ce qu’est réellement un cancer, et un cancer qui va tuer son hôtesse. Et cela reste encore très mystérieux pour les médecins. « Dans le doute », toute anomalie détectée par la mammographie et confirmée par la biopsie est traitée comme un cancer, avec les effets secondaires très pénibles des traitements. Et il est clairement établi et reconnu que certaines femmes sont ainsi traitées pour une « pathologie » qui n’aurait pas eu d’effet néfaste sur leur santé.
Au final, Rachel Campergue ne prend pas parti pour ou contre l’examen, elle le démystifie : non, il n’est pas l’assurance absolue anti-cancer du sein, qui nous garantirait, pour peu qu’on le subisse sagement tous les deux ans, de ne jamais mourir de cette maladie ; oui, il a des effets secondaires qu’il est nécessaire de connaître pour faire un choix éclairé, qu’il s’agisse de le subir, ou de s’en passer, les deux attitudes étant justifiables sur le plan médical. Rachel Campergue nous place face à notre propre responsabilité vis-à-vis de notre santé, en tant qu’adulte, en tant qu’humain soumis aux incertitudes de la vie et sa condition de mortel, là où tant d’autres, motivés par leur intérêt financier, tentent de nous infantiliser et de nous déresponsabiliser.
Rachel Campergue ne nie absolument pas le drame que représente la maladie, mais elle ne nous laisse pas être abusées par de fausses promesses, et surtout, elle montre à quel point la véritable lutte contre le cancer du sein, c’est-à-dire contre ses causes (au premier rang desquelles la pollution chimique et les perturbateurs endocriniens), est finalement abandonnée : ce qui constitue le vrai scandale et la vraie offense aux vraies malades.

encore la couverture du Times : Alanis Morisette à propos de l’attachment parenting

2012-06-06-timeAvez-vous vu ce joli article de la musicienne Alanis Morissette à propos de l’attachment parenting, en réaction à la controverse qui a suivi la couverture du Times (reproduite ci-contre) avec un bambin debout sur une chaise en train de téter ? Il se trouve sur le site du Huffington Post : www.huffingtonpost.fr/alanis-morisette/attachement-parental…
Attention à la traduction néanmoins, attachment parenting a été retranscrit en « attachement parental »… cela nous semble propre à confusion. En effet, il est évident que tout parent, quelles que soient ses pratiques, est attaché à son enfant (et fait de son mieux) ! Comme Alanis Morissette l’explique très bien, l’expression attachment parenting se refère à la période dite d’attachement, ce moment de la petite enfance où le bébé est dépendant des adultes pour subvenir à tous ses besoins, qu’ils soient physiques ou émotionnels. La période d’attachement est alors suivie de la période d’exploration, les deux se succédant dans une intrication parfois désarmante. Les parents qui se retrouvent dans les idées de l’attachment parenting s’appliquent à vivre au mieux ce continuum, de la grossesse à l’indépendance peu à peu acquise du bambin, et cela passe généralement, dans la mesure du possible et du respect de tous, par l’allaitement vers le sevrage naturel ou le portage du bébé. Attachement parenting se traduirait alors littéralement par parentage de l’attachement, mais on parle plutôt de parentage proximal, maternage proximal ou plus simplement maternage.

deux papas en plein paternage
deux papas en plein paternage
Alanis Morissette rappelle aussi qu’il s’agit surtout de faire confiance aux capacités de l’enfant ! ce qui, je crois, exprime bien nos convictions profondes, que ce soit pour l’allaitement ou pour les apprentissages !
Toujours à propos de cette couverture du Times, vous pouvez lire l’éditorial de La Leche League France www.lllfrance.org/Editos-Page-d-accueil/Une-photo-de-couverture-qui-fait-debat…
Tout ceci met en tout cas un coup de projecteur sur une réalité : l’allaitement des bambins. Celui-ci n’a pas souvent la faveur des médias, mais est néanmoins une réalité biologique et sociologique, qui fait partie du quotidien de nombreuses mères à travers le monde et les différentes cultures

Maternantes, You Do Not Respect the French Tradition!

In her recent book, The Conflict: How Modern Motherhood Undermines the Status of Women [1] Elisabeth Badinter is pleased by the high birth rate in France [2], which she attributes to fidelity to the model of French mothers of the 18th century, when urban women of means hired country women to take their children to live with them in the country, so that they could continue to have a “brilliant” social life [3] in the city.

She accuses the ideology of the “good mother” of reviving the male dominance once discredited by feminists of the 1970s, by advocating that mothers with young children leave the working world of freedom and independence.

But French mothers who practice attachment parenting, or “maternantes”, as they are known, reject this separatist worldview: they want both to be responsive to the needs of their baby (being breastfed, being carried, being comforted when they cry [4]) without giving up their rôles of wife, friend, and contemporary social woman. Modern technology allows them to invent new ways of working and parenting that incorporate their children instead of excluding them.

French women would resist to “maternage“ thanks to French worldly tradition. Elisabeth Badinter is delighted by french women’s resistance to the model of the perfect mother currently being imposed by french and american pediatricians [5] (through attachment parenting)*, the government [6] for parental leave, WHO and La Leche League for breastfeeding. The fact that French women are massively bottle feeding [7], that they do not experience social stigma when they return to work quickly [8], and that few of them work part-time [9] could be explained by history: “Our ancestors of the Enlightenment gave us this unusual pattern of the emancipated woman, discharged from the cares of mothering [10].”

It all starts with the women of the aristocracy, followed by the women of the bourgeoisie, and, in the 18th century by “all strata of urban society”. The philosophy of Elisabeth Badinter is based on what was true for only 10-20% of the French population, since the vast majority of women were peasants. “Women (and their families) who considered themselves above the vulgar classes thought it was beneath them to breastfeed their babies themselves ; that breastfeeding was as ridiculous as it was disgusting” [11]. “Little by little, getting rid of her child became a mark of social distinction. The petit bourgeois […], little prone to worldliness, hastened to copy their more favored sisters. In the absence of a brilliant social life, they could acquire the first sign of an envied status, by handing over their child care responsibilities to paid caregivers [in french, mercenaires]. It was considered better to do nothing at all than seem busy with such insignificant pursuits [12]. “ Taking place in parallel with the rise of royal absolutism, this submission to the hierarchy of French society of that time comes at the cost of a high mortality rate among babies [13].

For the most fortunate women, “their development takes place in social life: making and receiving visits, wearing a new dress, taking promenades along the boulevard, going out to glamourous events [14].” For the author, “In the 18th century, freed of the common burdens on Women, the French woman of the most privileged classes is, with the English one, the most free woman in the world.” But, by confusing freedom with frivolity, Elisabeth Badinter particularly stresses the social alienation of wealthy women of the time.

By a kind of historical reversal, the most cultivated women of our time have chosen the opposite approach. The most highly educated women are breastfeeding the most. These maternantes do not consider that spending money (on bottles, formula, or doctors) is a sign of social progress or that breastfeeding is “disgusting” [15] but simply that their baby needs it.

Moreover, they hold salon … not far from their child, at meetings of mothers’ support groups (for example La Leche League www.lllfrance.org) where they share discussions and exchange information. Often they meet in the electronic salons that are forums and discussion lists on the Internet. Perhaps this is what Elisabeth Badinter calls “real ideological underground war” [16], conducted by the people against the dictates of advertising [17]?

Indeed, it is a hallmark of modern life that we are subjected to advertising that promotes consumption in quantity, while attachment parenting involves more connections [18] and fewer goods [19]. Is it because of this potential mass consumption that Elisabeth Badinter welcomes the “beautiful French birth rate [20]” that would result from “mediocre” [21] french mothering?

This ideology of “the good mother” would frustrate the feminist struggle of the 1970s against male domination.

Indeed, the male domination, that feminists might have believed was destroyed, would slyly come back, according to Elisabeth Badinter, through “mothering [that led] a regression of the status of women […]. The innocent baby-despite himself- has become the best ally of male domination [22].“

In the statistics on this, male dominance is measured by calculation of time spent on tasks deemed noble (time at work and leisure) versus tasks considered degrading (time sacrificed to children and the home [23]). Statistics have no respect for women who perform these activities while in deep thought, listening to music or the radio, or being fully satisfied with the relationship allowed with a child during a visit to the doctor, all opportunities missed most often by the father.

Conversely, time spent at work is unilaterally valued in these statistical analyses, while many workers do not always find their account: it’s time spent in service to their boss, their clients, withno time for themselves (except for a tiny minority). However, the mother who has stopped working or has reduced her working hours, finds time for her children but also for herself [24]: this quality of time is never measured by the numbers.

Perhaps we should seek “equality” in the other direction, allowing fathers to spend time with family and embracing the values of the maternantes ​​–besides, there is no word in French for “paternant” while English combines both parents by talking about attachment parenting, which can be adapted in french to parentage proximal. So, when fathers can take part-time work without being looked down upon, or without having to do in 4 days the work of 5 while being paid for 4, we will live in a better world.

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Contrary to what is implied by Elisabeth Badinter truncating a quote from Edwige Antier [25], the maternantes are delighted that the emergence of “doting fathers” of 1970-1980 [26] has helped trivialize the fact that the father changes diapers or gives baths, among other opportunities for father-child relationships.

The attention given to babies and young children does not imply a refusal of work itself by the involved women. Often, the maternantes discontinue a prestigious profession which was preceded by a successful school career, because becoming a mother made them reconsider their priorities and strengthen their desire to forego a working life marked by male values ​​defined by competition (”They want money, power and status with great determination and perseverance [27]“). Many activities and jobs are emerging from these new practices, facilitated by new technologies and the Internet. These new ways of working tend to reject separatism: the children are part of life, they may not be far while the parent works.

So nothing to do with a “return to the traditional model [28]” or an alleged desire for “wisdom [that would be] elsewhere, for not saying yesterday [29] …”

We do not live separately, even separatist, as seems to be implied by the worldview of Elisabeth Badinter -starting with the title of her book, The Conflict. Yes, the matter is first to focus on the child, the fragile baby [30], eager for and dependent on relationships.

But this closeness with the baby does not imply separation with the father! Child psychiatrists fear that the father would be exiled when cosleeping [31], but this doesn’t happen in families that follow their parenting instincts for attachment: what is needed by a new family is not a crib but a big parental bed or mattress on the floor side by side, or a side-bed for the baby.

There is no separation with other adults either. Women who think they have a duty to their small children can also be women who live an exciting life. Mothering the baby is associated with boredom by Elisabeth Badinter, who quotes authors of novels that “aspire only to rediscover the outside world [32].” This sounds strange to the ears of maternantes who read, type on their computer, go out with their babies, spend time with their friends. Babywearing and breastfeeding give great freedom of movement.

Elisabeth Badinter also believes that “The ideal [of maternage is] to subvert the tete-a-tete to the body to body [33].” This is a position very far from attachment parenting: parents who want to be available for their child do not howeve focus their lives on him [34], and know that the child gains nothing, however, to have parents too “on him,” too nervous, or too controlling.

Accordingly, the maternantes do not feel overwhelmed by “the extension of maternal duties” of the late 20th century, which would involve “a scrupulous attention to psychological, social and intellectual development of the child [35]”. “They know that in addition to his need for milk and contact, their baby and then child seeks, above all, to live with its family, in observation, imitation, interaction: the toddler eats from the plate of its parent, takes part in outings with other families, and thus constructs his social life.

The main concern of maternage is ultimately mostly to minimize industrial contamination of her child through food, diapers, water, air and reducing their damage to the environment (pesticides, diapers, etc.). They question leaving a polluted world to their children as an inheritance. The irony of Elisabeth Badinter’s stance about ecology [36] also reveals the triumph of the economic and environmental idéals of the 1970s. Despite her skeptical tone, Elisabeth Badinter pretty much sums up the aspirations of today: “After the amoral practice of the exploitation [of nature], we must now respect it [37].” However, the conclusion she draws from “submission to Mother Nature”, “whose simplicity and wisdom we admire” [38] is stained with anthropomorphism: “submission” and “admiration” are specific to male values . Living in balance with nature and her entourage has not to do with submission, but interaction and fine-tuning.

Thus, the maternantes who try to be responsive to the needs of their child do not recognize much in the maternal characteristics that Elisabeth Badinter quotes when she is talking about the 1970s “nonchalance”, “indifference [39]”, “selfishness [40]” almost to the point of inattention and irresponsibility [41]. “Gone are the seventies when you could live your ​​pregnancy with carelessness and lightnes [42]!”

Finally, the separatist ideas of Elisabeth Badinter also come from the distinction that she makes between “woman and mother”, and her recurring aspiration to define a feminine identity [43]. Yet, you may want to refuse to be identified by only these attributes and find these attempts at définition too simplifying [44].

About guilt

Finally, Elisabeth Badinter accuses maternage ideology of putting pressure and guilt on young mothers who must make a choice between their “womanhood”, and being a “mediocre mother“. For example, with regard to breastfeeding Badinter states: “It takes a lot of character for new mothers to brave the instructions of nurses and care workers [45].” But we often hear the opposite from breastfeeding mothers [46].

Further, the book deals with women who feel rejected because they did not have child [47], as women who feel rejected because they breastfeed more than six months, sleep with their baby and find only suggestions for detachment from one’s child on the shelves of bookstores.

Everyone seems to seek the full acceptance of who he/she is, as if, as a child he/she had not received unconditional affection from those around her. Everyone seems to want validation of their opinions by others and feel guilty if it is not the case.

Thus, Elisabeth Badinter says [48]: “What mother will not experience at least a twinge of guilt if she does not comply with the laws of nature?” But if this mother finds that her children are well, that she has a satisfactory relationship with them (which is by no means the prerogative of mothers who breastfed), where is the problem? Is it to avoid pinching the young mothers and to herself that she wrote this book? Does she minimize the benefits of breastfeeding [49] to alleviate her guilt for not having done?

Elisabeth Badinter seems to prefer life far from children, because of the low emotional profitability of spending time with our children. “How to recognize that we have sacrificed too much for all the other benefits that came from that? [50]” But perhaps the problem was making these sacrifices? To live out relationships with our companion, our children, our friends, our work separately? Spending time together with kindness, and the gift of unconditional trust is time that builds lasting bonds and that makes sense.

Claudia Renau

Many thanks to Kelsey Forry for the translation k_tinsel@hotmail.com.

NOTES
[1] Flammarion, février 2010, Metropolitan Books, april 2012.

[2] Relatively strong compared to other European countries. see www.ined.fr/fr/pop_chiffres/pays_developpes/indicateurs_fecondite.

[3] Number 454 of Population et sociétés written by Gilles Pison attributes this recent increase to delayed motherhood of young women of the 1970s and 1980s, which age of childbearing was delayed to 30 years today for the first child : pdf here : www.ined.fr/fr/pop_chiffres/france/structure_population/pyramide_ages. Perhaps, moreover, that the delay of first birth at an age which allowed to enjoy life in celibacy promotes mothering time. See this article on Nancy Huston: www.peripheries.net/article254.html.

[4] See Ne pleure plus bébé, Claude Didierjean-Jouveau, Jouvence.

[5] John Bowlby et T. Berry Brazelton, they popularized the theory of attachment, Edwige Antier in France.

*in original text.

[6] For government assistance to women who want to stop working to stay with her baby in 1985 and 2004.

[7] 15% of breastfeeding when the baby is two and half months.

[8] Unlike the German or Japanese mothers who could not afford and which therefore have few children.

[9] Although the analysis is subjective: “50% of mothers with one child are working full time [and] 25% of women with three or more children,” page 234 of the french edition.

[10] Page 246 of the french edition. [11] Page 241 of the french edition. [12] Page 244 of the french edition.

[13] Page 244-245 of the french edition. [14] Page 243 of the french edition.

[15] The refusal of which is close to the animal’s body visibly expresses discomfort. Disgust for the female secretions (blood, milk) is a macho attitude that the feminist struggle had justly allowed to exceed.

[16] Page 251 of the french edition. [17] See articles of Arrêt sur Image : www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2754.

[18] Connection enabled by breastfeeding, cosleeping -which aims is primarily not to let the baby cry, to take seriously his claims-, sometimes by elimination communication (life without diapers), the home education etc.

[19] Taking up a slogan of decreasing, www.decroissance.org. [20] Page 233 of the french edition.

[21] A term used by Elisabeth Badinter. [22] Page 146 of the french edition.

[23] Beside, it does not bother Elisabeth Badinter, the feminist and working mothers to entrust these tasks they consider unpleasant to other women. But if the mothers find so difficult to parent their own children, why would other women find rewarding to care for the children of others?

[24] Self-reflection, knowledge of self, of our own basic needs, are important in the relationship with our children : to minimize them with a toddler (or an older) whose needs take precedence, or to detect what are our own significant needs to assert.

[25] Page 149 of the french edition. The original text of Edwige Antier, Éloge des mères, J’ai lu (pages 100-101) does not reject the baby care given by the father (although the quote from Dolto the same page seems absurd to us).

[26] Page148 of the french edition. [27] Citation page 39 of the french edition. [28] Page 13 of the french edition. [29] Page 52 of the french edition.

[30] Beside, she forgets the primacy of the needs of the child in her paragraph on home birth (page 61): mothers who prefer to give birth at home often do it primarily to protect the baby (facilitate his birth, avoid the impregnation of analgesia, prevent hospital intrusions).

[31] «Rufo fear that [this practice] pushes the father out of the marital bed for exile in lounge », page 155 of the french edition.

[32] Page 26 of the french edition. [33] Page 161 of the french edition.

[34] See Concept of continuum, de Jean Liedloff, Da Capo Press Inc.

[35] Page 171 of the french edition. Beside, observe and accompany the development of a baby is exciting, many scientists have done studies on this prestigious subject, why would mothers not have the right to find it as exciting, intellectually exciting!

[36] Pages 53-54 of the french edition. [37] Page 53 of the french edition. [38] Page 54 of the french edition, and also: «The authority of nature is indisputable» page 105.

[39] Page 248 of the french edition. [40] Page 141 of the french edition. [41] Page 247 of the french edition. [42] Page 101 of the french edition.

[43] For example page 249 of the french edition.

[44] Thus, we can rejoice that: “The illusion of a united front of women [was] shattered, astheir interests may diverge. That is, again, questionning the definition of a female identity.”

[45] Page 138 of the french edition.

[46] Hence events like the “Great suckling” – evokes with a little condescension page 233 – togenerate public recognition.

[47] Pages 210, 213, 214, 223, 224 of the french edition, particularly because of the ideal of the perfect mother.

[48] Page 93 of the french edition. [49] Page 108, 138, 139, 140 of the french edition.

[50] Page 225, page 253 too (of the french edition).

Blog HBR : peut-on inverser l’expérience de la prison de Stanford ?

Dans cet article du blog de Harvard Business Review Greg McKeown nous invite à réfléchir sur les effets d’une politique de bonification des bonnes actions plutôt que celle d’une répression des mauvaises.
L’expérience de la prison de Stanford est simple, des étudiants en bonne santé se sont vus attribuer des rôles de gardiens ou prisonniers puis ont été enfermés dans une prison de fortune dans un sous-sol. Cette expérience fut menée par Dr. Phil Zimbardo, en quelques jours, la santé mentale des personnes (qu’elles soient gardiens ou prisonniers) s’est dégradée rapidement, depression et gros stress pour les uns et le comportement des gardiens est devenu sadique. L’expérience fut stoppée prématurément. Elle démontre qu’un mauvais fonctionnement peut très vite nuire à l’homme. Cette expérience n’est pas sans rappeler celle de Milgram (où les sujets ont montré une telle obéissance aux personnes en situation d’autorité qu’ils ont administré ce qu’ils croyaient être des chocs électriques mortels pour les patients cf. l’article Wikipédia à ce sujet) et Dr Zimbardo se pose alors la question de voir si l’expérience pouvait être inversée.
Pourrions-nous, à travers une série de petites victoires, instaurer une « lente ascension dans la bonté, étape par étape » ? Et une telle expérience pourrait-elle être exécutée à un niveau sociétal ?
C’est le Canada qui a fourni un début de réponse, la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) à Richmont, a instauré un nouveau fonctionnement. Le taux de récidive était alors aux alentours de 60%, la criminalité juvénile en augmentation importante, et Ward Clapham a contesté les hypothèses de base du système de maintien de l’ordre lui-même et a suggéré de chercher à concevoir un système qui encourage les gens à ne pas commettre un crime en premier lieu. Ainsi, la GRC a décidé d’arrêter les personnes qui avaient effectué une bonne action pour leur donner un billet « positif », qui donnait une entrée de cinéma ou accès à un centre pour les jeunes. Ils ont distribué pas moins de 40.000 billets dans l’année, trois fois moins que les billets « négatifs » sur la même période.
Selon Clapham, le taux de récidive chez les jeunes est passé de 60% ​​à 8%, la criminalité globale a été réduite de 40% et la criminalité chez les jeunes a diminué de moitié. Et ça coûte un dixième du système judiciaire traditionnel.

Que peut-on conclure de cette expérience ? Qu’il vaut mieux « récompenser » les bonnes actions plutôt que « punir » les mauvaises ? Qu’un système judiciaire inversé serait plus judicieux ?
Il n’en reste pas moins qu’une récompense est une forme de manipulation, on incite alors la personne à faire quelque chose en vue d’obtenir une récompense, et pas forcément parce qu’elle se sent en accord avec cette action. Comment peut-on alors conserver l’estime de soi en ne devenant que des robots tout justes bon à accomplir les bonnes actions qui donneront les bons points ? Qui jugera enfin que telle action est bonne ou pas bonne ? Le système même s’il a le mérite de valoriser plutôt que d’humilier n’en reste pas moins soumis aux mêmes risques de dérives et de contrôles que le système judiciaire actuel.

Nouveau livre d'Olivier Maurel
Nouveau livre d'Olivier Maurel
Notre société fonctionne avec le bâton, un fonctionnement avec la carotte changerait-il la donne ? Les prisons sont aujourd’hui engorgées, les tribunaux également, les enquêtes longues par manque de personnel et de temps au vu des dossiers qui se multiplient, notre système judiciaire montre sur le plan administratif ses limites, et cette expérience montre aussi ses limites en terme d’humanité, il serait peut-être temps de s’interroger sincèrement sur l’origine de la violence dans notre société actuelle, et de se poser les questions « oubliées » depuis toujours tel que le démontre Olivier Maurel (cf. La violence éducative, un trou noir dans les sciences humaine)

A quand une expérience menée avec des personnes qui ont été bien-traitées (respectées dans leurs besoins, maternées et aimées de façon inconditionnelle) depuis leur naissance ?

Victorine

savon pour bébé et marijuana…

… n’ont a priori rien en commun ?
Et bien si !
Une étude vient de montrer que des traces de savon industriel pour bébé peuvent rendre positif un test de dépistage urinaire du THC.

Un savon qui fait tripper sans THC (photo LYJAZZ)
Un savon qui fait tripper sans THC (photo LYJAZZ)

Ce qui nous pose deux questions :

-1- Pourquoi rechercher des traces de marijuana dans l’urine des bébés ? On apprend que 10 à 40% des bébés nés dans cet hôpital de Caroline du Nord (USA) sont testés chaque mois -avec l’accord des parents ?- car un test positif démontre que la mère a été exposée à de la fumée de marijuana, ce qui ouvre une enquête des services sociaux. On notera que l’article précise que ces tests urinaires sont menés sur les bébés de familles « à risque », sans préciser la nature des risques.

-2- Mais que mettent-ils donc dans leur savon « pour bébé » ??? Les marques incriminées sont des grands classiques de la consommation de masse états-unienne, on les trouve dans tous les foyers : Johnson & Johnson’s Head-to-Toe Baby Wash, J&J Bedtime Bath, CVS Night-Time Baby Bath, Aveeno Soothing Relief Creamy Wash and Aveeno Wash Shampoo. Ca fait peur ! On notera qu’il n’est pas fait mention du principe de précaution et qu’il serait raisonnable d’envisager de ne plus utiliser de tels savons industriels sur des nouveaux-nés…

Vivent les savons d’artisans, et vivent surtout les savons maison, comme les superbes productions dont regorgent les blogs, comme celui de Lyjazz.

Elle, 15 juin 2012, « Gare aux hyper-mères ? », Danièle Gerkens

Intéressant article ce vendredi dans Elle « Gare aux hyper-mères ? », que signe Danièle Gerkens. Suivant cette tendance qu’a la presse de parler de ce dont parle la presse, il s’agit d’un commentaire français sur la couverture du récent numéro du Times, où l’on voyait une jeune maman, manifestement moderne et épanouie, allaiter son fils de presque 4 ans. Cette couverture a entraîné des débats passionnés aux Etats-Unis, autour de celui qui serait le « nouveau » gourou, le pédiatre pro-attachement parenting, William Sears ( pour les anglophones le site www.askdrsears.com/) .
Je mets « nouveau » entre guillemets, car en France, la Leche League diffuse les superbes ouvrages du Dr Sears depuis au moins 1999, l’année où j’ai acheté Etre parents le jour, la nuit aussi, unique livre francophone disponible à l’époque à traiter lucidement des « problèmes » de sommeil de l’enfant, face à une littérature psychologisante française arc-boutée sur les « données » dépassées de la psychanalyse.
C’est à l’époque peut-être que la presse aurait fait œuvre d’esprit d’investigation en publiant un article à ce sujet !
Peu de chiffres fiables sur ce « phénomène des hyper-mères », nous dit Danièle Gerkens, s’appuyant essentiellement sur le taux d’allaitement, en croissance continue depuis les années 1970. Les femmes qui font ce choix s’appuient certainement plus sur leurs propres connaissances scientifiques, sur leur envie ou leur instinct, que sur « les people qui revendiquent le sein nourricier »…
Danièle Gerkens reprend l’hypothèse explicative de la réaction de ces femmes nées dans les années 1970 à la propre absence de maternage de leurs mères, trop investies dans leurs carrières, notamment régulièrement avancée par l’incontournable Elisabeth Badinter, qui vient d’ailleurs bien entendu donner son opinion dans l’interview qui clôt l’article. Il est probable que cette hypothèse ne résisterait guère à une analyse sociologique sérieuse quant au taux réel de femmes menant de véritables carrières de haut niveau. Il est probable aussi que pour un certain nombre de ces femmes, il y a aussi eu une part de transmission des valeurs maternelles par leur propre mère. Il est certain, surtout, que les mères actuelles ne se définissent pas nécessairement en référence aux mères des années 1970, parce que le monde a changé, quelque difficile que cela soit à intégrer pour les « féministes historiques », parce les mères actuelles ont leur autonomie de pensée et d’action, qu’elles ont des ressources intellectuelles et relationnelles nouvelles –et en premier lieu Internet, dont on ne dira jamais assez la puissance de diffusion d’idées et de modèles innovants, créateurs, anticonformistes, libérés des influences institutionnelles classiques, en l’occurrence les médecins mal informés dont les congrès sont encore de nos jours subventionnés par les fabricants de lait en poudre, et les psychologues et psychanalystes, spécifiquement en France, constitutivement imprégnés d’hypothèses datant de la Vienne patriarcale du début du 20e siècle.
Car bien sûr, ce qui est opposé aux hyper-mères, ce sont ces propos objectivement risibles des tenantes de ce courant : « Allaiter au long cours un enfant qui a déjà des dents, c’est lui demander de réprimer son agressivité, inhiber son désir de mordre le monde, ce qui peut induire des difficultés à grandir » (Maryse Vaillant). Certains bébés ayant des dents dès l’âge de 5 mois, comment comprendre que les autorités officielles de santé française, suivant en cela l’OMS (qui représentant l’ensemble des communautés médicales du monde, est sans doute détachée des références théoriques de Madame Vaillant) recommandent l’allaitement jusqu’à 2 ans, au risque d’induire des difficultés à grandir ? Ou peut-être que ce risque est purement imaginaire ? On pourrait même retourner cette assertion boiteuse, puisque réprimer son agressivité peut aussi sembler un objectif souhaitable, comme ne cessent de nous le montrer tant de terribles exemples dans le monde. L’indispensablement citée Claude Halmos avance à nouveau son unique argument à ce sujet : « Allaiter au long cours et dormir avec son enfant, c’est brouiller les repères et perturber les étapes de sa construction psychique. ». Nous attendons toujours les recherches scientifiques sérieuses qui viendraient à l’appui de cette affirmation, puisque nous n’avons pas, nous, la prétention d’élever au rang de vérité les pourtant innombrables exemples dans nos familles et nos entourages d’enfants « allaités au long cours et ayant dormi avec leurs parents » dont « la construction psychique » semble satisfaisante. Un espoir cependant pour Madame Halmos, les enfants dans ce cas étant de plus en plus nombreux, ces études pourront bientôt être menées de façon fiable, et conduiront sans doute à renforcer – plus qu’à redéfinir, car de nombreuses théories alternatives actuelles fécondes existent déjà, seulement elles restent encore trop souvent inexplicablement bloquées aux frontières françaises – une conception « des étapes de la construction psychique » ne s’appuyant pas sur des hypothèses datant d’un siècle.

l'hyper-père, compagnon de l'hyper-mère
l'hyper-père, compagnon de l'hyper-mère
Merci enfin à Danièle Gerkens de ne pas donner le dernier mot à ces menaces archaïques, et d’inviter plutôt à voir dans ce maternage assumé « les prémices d’une nouvelle voie », qu’empruntent, chacune à leur façon, avec le père de leurs enfants, avec ce qu’elles sont, dans les joies et les difficultés de la vie réelle, « les femmes indépendantes, rétives à toutes les injonctions et à toutes les normes, bien décidées à inventer leur propre définition d’une maternité épanouie ».

Marlène Martin.

Féminisme et maternage, une étude américaine

(via un article du blog santé du Figaro et en anglais : Are Feminism and Attachment Parenting Practices Compatible?)
Une étude américaine parue début juin dans la revue Sex Roles a mis en perspective les pratiques maternelles de 431 femmes avec leurs propres croyances relatives au féminisme et à la maternité. Les pratiques maternelles étudiées étaient plus spécifiquement l’allaitement prolongé, le sommeil partagé et le portage du bébé en écharpe. L’idée de départ était aussi de déterminer si les pratiques d’attachment parenting (parentage proximal) étaient vécues comme un facteur d’oppression ou au contraire de plus grande autonomisation (empowerment).
Et les auteures, Miriam Liss et Mindy Erchull, de conclure : « Nos résultats suggèrent que les stéréoptypes largement répandus comme quoi les féministes sont opposées aux relations familiales sont faux. » Ce sont bien les femmes féministes de l’étude qui se sont révêlées les plus favorables au parentage proximal tandis que les femmes non-féministes étaient plus portées à adopter des horaires stricts pour leurs enfants.
anneesdelait_500 Voilà qui ne va pas faire plaisir à Elisabeth Badinter ! (cliquez ici pour relire la critique de son livre le conflit, la femme, la mère)
En illustration, la couverture de Les années de lait, de Marie Australe, récit d’un allaitement au long cours.
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Journal Reference:

  1. Miriam Liss, Mindy J. Erchull. Feminism and Attachment Parenting: Attitudes, Stereotypes, and Misperceptions. Sex Roles, 2012; DOI: 10.1007/s11199-012-0173-z