Hormones et féminisme

On s’amuse bien quand on se plonge dans la question des relations entre le féminisme et le maternage. Surtout quand nos enfants deviennent ados.

Jusque dans les années 90, le féminisme avait à sa disposition deux grands courants. Caricaturons un peu :
– l’essentialisme : il y a une différence fondamentale entre un homme et une femme et le féminisme doit mettre en avant les qualités dont la nature a spécifiquement doté les femmes. En gros, nos différences existent, elles sont innées et il faut les mettre en valeur.
– le constructionnisme : il n’y a aucune différence fondamentale entre un homme et une femme et le féminisme doit faciliter l’accès aux qualités que la culture confère aux hommes. En gros, nos différences sont des pures constructions sociales et une femmes libérée doit avoir acquis les qualités considérées comme masculines.

Honey-Boo-Boo désole les féministes essentialistes autant que les constructionnistes
Honey-Boo-Boo met d'accord les féministes essentialistes et constructionnistes

Je parle ici en mon nom : aucun des deux courants ne me convient (pour le dire gentiment). Le premier est sexiste et tend à favoriser les discriminations dont sont victimes les femmes, même si je reconnais qu’il est nécessaire de se battre pour que les qualités supposément féminines (care, empathie, etc) soient mieux considérées. Le second a certes comme avantage de parvenir à réduire les discriminations, toutefois au mépris des qualités traditionnellement attribuées aux femmes, et notamment au mépris des besoins des enfants, qui sont alors considérés comme un outil social d’oppression.

J’ai bien dit que je caricaturais, ne sortez pas tout de suite les griffes, je sais que c’est nettement plus compliqué que ça. Déjà parce que les féministes constructionnistes en France sont imprégnées de psychanalyse et que la psychanalyse est ultra-essentialiste, ce qui rend toutes ces théories un brin chaotiques. Et que les essentialistes françaises sont imprégnées de marxisme, qui pose que l’oppression des femmes par les hommes est indispensable à l’établissement des classes sociales, un facteur d’entropie supplémentaire donc. Et puis il y de nombreux courants, sous-familles, etc, faut pas croire qu’on peut si facilement mettre le féminisme en cases…

Quand je vous disais qu’on s’amuse !

Tant que la discrimination sera réelle, les injustices statistiquement significatives et que les victimes resteront nombreuses, le féminisme sera nécessaire, et heureusement que la théorie des genres, soutenue par la biologie, est venue nous offrir des perspectives de nuances.

Merci à l'irremplaçable Catherine Opie de bousculer nos préjugés
Merci à l'irremplaçable Catherine Opie de bousculer nos préjugés

Quel rapport avec les ados ?
La pression sociale à distinguer les genres atteint des sommets quand nos enfants deviennent adolescents. C’est le sujet de notre « Stop à l’hypersexualisation », un livre à mettre dans les mains de toutes les familles. Exemples : Une jeune fille fait une crise de nerf ? Nah, ce sont les hormones, ce sont toutes des hystériques (et surtout pas parce qu’elle aurait un motif légitime de mécontentement). Un jeune homme force une jeune femme a un rapport sexuel non consenti ? Rho, ce sont juste les hormones, il n’y peut rien le pauvre, tout le monde sait bien que quand les c***lles commandent, il faut obéir (et surtout pas parce que la culture du viol a fait partie de son éducation).

Maintenant, nier les hormones n’a pas aucun sens. Il suffit d’avoir vécu une fois un boost hormonal pour savoir que ces petites choses ont une influence majeure sur nous, certes certes… Comme le stress, le manque de sommeil, l’hypoglycémie, etc. Et oui, nous sommes des mammifères, la réalité physiologique est là. Et pendant l’adolescence, elle se fait entendre. Sauf que la réalité physiologique est nuancée, contrairement aux dogmes sexistes, et qu’une bouffée hormonale est quelque chose qu’on peut apprendre à vivre et utiliser en pleine conscience. Un apprentissage que nos beaux adolescents sont bien plus prêts à acquérir qu’on ne le croit parfois.

Sainte Marguerite d'Antioche, protectrice des femmes enceintes, chevauchant le dragon
Sainte Marguerite d'Antioche, protectrice des femmes enceintes, chevauchant le dragon

Et comme j’aime épicer de pop culture mes discours lénifiants, voici l’illustration parfaite de ce que je cherche à dire : Big Bang Theory, saison 7 épisode 2 [SPOILER ALERT].

Howard a pris du poids et se comporte étrangement. Bernadette découvre qu’il a reçu par erreur une forte dose d’œstrogènes. Elle lui dit « C’est donc pour ça que tu es bouffi, hyper émotif et particulièrement pénible ». Il répond « Mais toi, tu es remplie d’œstrogènes, et tu ne comportes pas comme ça ». Elle explique « C’est parce que je suis une femme, j’ai eu des années pour apprendre à chevaucher le dragon ».

L’intrication de la nature et de la culture en une seule phrase. Merci Chuck Lorre d’avoir réconciliés essentialisme et constructionisme.

« Der kinderlumper » ou comment les cartoons dénoncent la pédagogie noire

Il y a deux excellentes raisons de s’asseoir aux cotés des enfants quand ils regardent un dessin animé :

– On peut mieux comprendre ce qui les intéresse. Après tout, le partage du savoir et de la culture est d’autant plus agréable qu’il est réciproque*.
– certains dessins animés sont de véritables œuvres, construites, complexes, qui méritent d’être découvertes. Et mieux vous les connaissez, plus les échanges avec votre enfant sont passionnants.

A Little Snow Fairy Sugar, un anime tout public
A Little Snow Fairy Sugar, un anime tout public

Évidemment, le talent de grands artistes comme Miyazaki ou Ocelot est reconnu par les spectateurs de tous les âges. Mais demandez à un parent de citer trois scénaristes de dessin animés, vous risquez de n’obtenir qu’un silence gêné en réponse**. Pour l’immense majorité des créateurs de cartoons et d’anime, la reconnaissance par le public adulte reste limitée à la culture underground*** et/ou geek****.

Les Contes de la nuit, de Michel Ocelot
Les Contes de la nuit, de Michel Ocelot

Pourtant, nous aurions tort de ne pas accorder aux dessins animés la considération qu’ils méritent. Tout d’abord parce que, souvent très discrètement, et surtout pour les productions des quinze dernières années, les dessins animés véhiculent des valeurs puissantes et souvent subversives*****. Que ces valeurs soient en accord ou en contradiction avec celles qui vous tiennent à cœur, vous avez là matière à échange avec votre enfant.

C’est ainsi que je suis tombée sur une description parfaite de la pédagogie noire dans un épisode de Phineas & Ferb. Dans ce dessin animé, le méchant est le Dr Doofenschmirtz, un scientifique fou, solitaire, envieux, idiot et maladroit qui rêve de prendre le pouvoir à la place de son frère, le maire de la ville, qui est, lui, plein d’assurance, d’aisance sociale et de charisme.

Le dr Doof et Perry brisent le 4ème, un ressort comique très utilisé dans la série, avec le comique de répétition et un sens de l'absurde digne des Monty Python.
Le dr Doof et Perry brisent le 4ème mur, un ressort comique très utilisé dans la série, en conjonction avec le comique de répétition et un sens de l'absurde digne des Monty Python.

Dr Doof raconte, sans faire le lien avec sa situation actuelle, que sa mère lui chantait le soir la chanson du Kinderlumper, un monstre qui s’empare des enfants désobéissants. Là où les auteurs ont été subtils, c’est que les paroles de la chanson montrent que cette punition terrifiante est absolument arbitraire et strictement sans aucune justification ! Ainsi, le kinderlumper enlève les enfants qui « ont de la salive dans la bouche […] boivent un verre d’eau […] vont aux toilettes […] clignent des yeux ».
Maintenir l’enfant sous terreur, qu’il soit habité par la crainte de commettre un acte répréhensible, suivant des critères qu’il ne peut comprendre ni connaitre, voila la base de la pédagogie noire. Les auteurs vont plus loin : Dr Doof parle avec émotion de cette chanson vespérale, sans doute la seule manifestation d’attention de la part de sa mère, illustrant l’attachement au bourreau que ressentent les enfants maltraités. Et lorsque Dr Doof souhaite terroriser son frère en se transformant lui-même en kinderlumper, il se rend compte que leur mère chantait au petit frère une version très différente de la chanson, présentant le Kinderlumper comme un gentil personnage qui apportait affections et cadeaux aux enfants.

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L'enfance malheureuse de Heinz Doofenshmirtz

Si je voulais illustrer les différents aspects de la pédagogie noire en quelques minutes, je ne pourrais pas faire mieux ! Le tout sous un ton de comique grotesque qui rendra le message sans doute inaudible pour l’immense majorité des adultes qui ne prêtent de toute façon que peu d’attention à ce qu’il y a sur l’écran.
Phineas Et Ferb – song french – le kinderlumper… par kev77330

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*Ainsi, après que je me sois plongée dans l’univers du vlogger favori de ma fille, cette dernière s’est soudainement intéressée à mes discours (jusque là solitaires) sur l’architecture haussmannienne. Réciprocité, réciprocité…
** Eventuellement, il y aura le génial Marc du Pontavice pour les francophones, parce que son nom est bien mis en exergue, et Groening pour les Simpsons parce que c’est tout de même une institution. Si la personne a aimé Albator dans sa jeunesse, et Daft Punk dans sa moindre jeunesse, alors Matsumoto, sera peut-être nommé. Si il/elle est plus old school, on aura Grimault et Prévert pour « Le roi et l’oiseau ».
*** de moins en moins underground, voir l‘univers des bronies, qui constituent une populations de sans doute au moins 10 millions de personnes. Ah oui, quand même…
**** mention spéciale à « adventure time », j’étais rebutée par le graphisme et le ton me paraissait à la limite du malsain, merci à mon fils de m’avoir fait comprendre la drôlerie poétique de ce bijou, plébiscité sur thinkgeek, c’est dire !
***** je pose l’hypothèse que c’est la création de Cartoon Network en 1992, avec son approche décalée et à double niveau de lecture, qui a stimulé la créativité du genre, du moins pour les productions occidentales qui étaient devenues ennuyeuses, les productions asiatiques étant nettement mieux considérées et donc plus (im)pertinentes depuis fort longtemps.

Quand une grande marque déshabille leurs mannequins mais refuse à une mère d’allaiter son enfant…

tt-bbCertains crient au loup, d’autres passent leur chemin, d’autres encore refusent de voir de la discrimination et parlent d’un « incident regrettable », mais il serait dommageable de minimiser l’impact de tous ceux qui ne veulent pas lâcher prise suite à l’affaire Célio qui a refusé à une maman qu’elle allaite son enfant. Voir le dernier article sur ce blog, les détails sont dans les articles précédents : http://editionsduhetre.fr/?p=1288.
Nous vivons une époque formidable ! On arme les enfants dès l’âge de 5 ans avec de véritables armes, on donne le modèle d’une escort girl mineure comme vie de rêve à nos toutes jeunes filles à peine sorties de l’enfance, mais lorsqu’il s’agit de nourrir son enfant au sein niet !
Oui il s’agit bien de nourrir, je vois vos sourires, ce n’est pas le fait de nourrir qui gêne ? c’est le sein ? Ah pardon ! J’oubliais que dans l’époque formidable que nous vivons nous ne pouvons pas dévoiler cette partie intime de l’anatomie féminine….
Jusqu’où faut-il aller pour réveiller les consciences ? A commencer puisque c’est de cela qu’il s’agit par respecter le droit fondamental d’une femme d’allaiter ? Allaiter est naturel, autant que manger ou dormir. La différence réside principalement dans le fait qu’allaiter un bébé est une occupation à quasi plein temps… alors il faudrait donc enfermer ces mères entre 4 murs ?
Si l’on a besoin de se révolter contre le monde entier, les raisons sont nombreuses, les deux exemples cités plus haut n’en sont qu’une toute petite pointe de l’iceberg… et non seulement ainsi on laisse tranquillement les femmes faire ce magnifique travail qu’est celui de mère, mais on pourrait même les soutenir, les encourager, un sourire à cette maman qui allaite, une mot réconfortant pour cette autre maman qui console son petit qui pleure de frustrations sont autant de gestes qui faciliteront la vie pour tous.
Quant à la direction de Célio, j’ose espérer qu’ils vont considérer ce « déplorable incident » comme il se doit et témoigner d’excuses sincères auprès de la maman.
Pour conclure en ouvrant le débat, il serait très intéressant de savoir comment Célio gère les congés maternité et puis tiens, l’heure légale pour allaitement ? Mesdames les employées de Célio, êtes-vous libre de disposer de cette heure pour allaiter votre enfant ? Enfin messieurs les employés de Célio, vous sentez-vous libres de prendre un congé parental ou des congés pour enfant malade sans mettre en péril votre carrière ?

Victorine

encore la couverture du Times : Alanis Morisette à propos de l’attachment parenting

2012-06-06-timeAvez-vous vu ce joli article de la musicienne Alanis Morissette à propos de l’attachment parenting, en réaction à la controverse qui a suivi la couverture du Times (reproduite ci-contre) avec un bambin debout sur une chaise en train de téter ? Il se trouve sur le site du Huffington Post : www.huffingtonpost.fr/alanis-morisette/attachement-parental…
Attention à la traduction néanmoins, attachment parenting a été retranscrit en « attachement parental »… cela nous semble propre à confusion. En effet, il est évident que tout parent, quelles que soient ses pratiques, est attaché à son enfant (et fait de son mieux) ! Comme Alanis Morissette l’explique très bien, l’expression attachment parenting se refère à la période dite d’attachement, ce moment de la petite enfance où le bébé est dépendant des adultes pour subvenir à tous ses besoins, qu’ils soient physiques ou émotionnels. La période d’attachement est alors suivie de la période d’exploration, les deux se succédant dans une intrication parfois désarmante. Les parents qui se retrouvent dans les idées de l’attachment parenting s’appliquent à vivre au mieux ce continuum, de la grossesse à l’indépendance peu à peu acquise du bambin, et cela passe généralement, dans la mesure du possible et du respect de tous, par l’allaitement vers le sevrage naturel ou le portage du bébé. Attachement parenting se traduirait alors littéralement par parentage de l’attachement, mais on parle plutôt de parentage proximal, maternage proximal ou plus simplement maternage.

deux papas en plein paternage
deux papas en plein paternage
Alanis Morissette rappelle aussi qu’il s’agit surtout de faire confiance aux capacités de l’enfant ! ce qui, je crois, exprime bien nos convictions profondes, que ce soit pour l’allaitement ou pour les apprentissages !
Toujours à propos de cette couverture du Times, vous pouvez lire l’éditorial de La Leche League France www.lllfrance.org/Editos-Page-d-accueil/Une-photo-de-couverture-qui-fait-debat…
Tout ceci met en tout cas un coup de projecteur sur une réalité : l’allaitement des bambins. Celui-ci n’a pas souvent la faveur des médias, mais est néanmoins une réalité biologique et sociologique, qui fait partie du quotidien de nombreuses mères à travers le monde et les différentes cultures

Maternantes, You Do Not Respect the French Tradition!

In her recent book, The Conflict: How Modern Motherhood Undermines the Status of Women [1] Elisabeth Badinter is pleased by the high birth rate in France [2], which she attributes to fidelity to the model of French mothers of the 18th century, when urban women of means hired country women to take their children to live with them in the country, so that they could continue to have a “brilliant” social life [3] in the city.

She accuses the ideology of the “good mother” of reviving the male dominance once discredited by feminists of the 1970s, by advocating that mothers with young children leave the working world of freedom and independence.

But French mothers who practice attachment parenting, or “maternantes”, as they are known, reject this separatist worldview: they want both to be responsive to the needs of their baby (being breastfed, being carried, being comforted when they cry [4]) without giving up their rôles of wife, friend, and contemporary social woman. Modern technology allows them to invent new ways of working and parenting that incorporate their children instead of excluding them.

French women would resist to “maternage“ thanks to French worldly tradition. Elisabeth Badinter is delighted by french women’s resistance to the model of the perfect mother currently being imposed by french and american pediatricians [5] (through attachment parenting)*, the government [6] for parental leave, WHO and La Leche League for breastfeeding. The fact that French women are massively bottle feeding [7], that they do not experience social stigma when they return to work quickly [8], and that few of them work part-time [9] could be explained by history: “Our ancestors of the Enlightenment gave us this unusual pattern of the emancipated woman, discharged from the cares of mothering [10].”

It all starts with the women of the aristocracy, followed by the women of the bourgeoisie, and, in the 18th century by “all strata of urban society”. The philosophy of Elisabeth Badinter is based on what was true for only 10-20% of the French population, since the vast majority of women were peasants. “Women (and their families) who considered themselves above the vulgar classes thought it was beneath them to breastfeed their babies themselves ; that breastfeeding was as ridiculous as it was disgusting” [11]. “Little by little, getting rid of her child became a mark of social distinction. The petit bourgeois […], little prone to worldliness, hastened to copy their more favored sisters. In the absence of a brilliant social life, they could acquire the first sign of an envied status, by handing over their child care responsibilities to paid caregivers [in french, mercenaires]. It was considered better to do nothing at all than seem busy with such insignificant pursuits [12]. “ Taking place in parallel with the rise of royal absolutism, this submission to the hierarchy of French society of that time comes at the cost of a high mortality rate among babies [13].

For the most fortunate women, “their development takes place in social life: making and receiving visits, wearing a new dress, taking promenades along the boulevard, going out to glamourous events [14].” For the author, “In the 18th century, freed of the common burdens on Women, the French woman of the most privileged classes is, with the English one, the most free woman in the world.” But, by confusing freedom with frivolity, Elisabeth Badinter particularly stresses the social alienation of wealthy women of the time.

By a kind of historical reversal, the most cultivated women of our time have chosen the opposite approach. The most highly educated women are breastfeeding the most. These maternantes do not consider that spending money (on bottles, formula, or doctors) is a sign of social progress or that breastfeeding is “disgusting” [15] but simply that their baby needs it.

Moreover, they hold salon … not far from their child, at meetings of mothers’ support groups (for example La Leche League www.lllfrance.org) where they share discussions and exchange information. Often they meet in the electronic salons that are forums and discussion lists on the Internet. Perhaps this is what Elisabeth Badinter calls “real ideological underground war” [16], conducted by the people against the dictates of advertising [17]?

Indeed, it is a hallmark of modern life that we are subjected to advertising that promotes consumption in quantity, while attachment parenting involves more connections [18] and fewer goods [19]. Is it because of this potential mass consumption that Elisabeth Badinter welcomes the “beautiful French birth rate [20]” that would result from “mediocre” [21] french mothering?

This ideology of “the good mother” would frustrate the feminist struggle of the 1970s against male domination.

Indeed, the male domination, that feminists might have believed was destroyed, would slyly come back, according to Elisabeth Badinter, through “mothering [that led] a regression of the status of women […]. The innocent baby-despite himself- has become the best ally of male domination [22].“

In the statistics on this, male dominance is measured by calculation of time spent on tasks deemed noble (time at work and leisure) versus tasks considered degrading (time sacrificed to children and the home [23]). Statistics have no respect for women who perform these activities while in deep thought, listening to music or the radio, or being fully satisfied with the relationship allowed with a child during a visit to the doctor, all opportunities missed most often by the father.

Conversely, time spent at work is unilaterally valued in these statistical analyses, while many workers do not always find their account: it’s time spent in service to their boss, their clients, withno time for themselves (except for a tiny minority). However, the mother who has stopped working or has reduced her working hours, finds time for her children but also for herself [24]: this quality of time is never measured by the numbers.

Perhaps we should seek “equality” in the other direction, allowing fathers to spend time with family and embracing the values of the maternantes ​​–besides, there is no word in French for “paternant” while English combines both parents by talking about attachment parenting, which can be adapted in french to parentage proximal. So, when fathers can take part-time work without being looked down upon, or without having to do in 4 days the work of 5 while being paid for 4, we will live in a better world.

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Contrary to what is implied by Elisabeth Badinter truncating a quote from Edwige Antier [25], the maternantes are delighted that the emergence of “doting fathers” of 1970-1980 [26] has helped trivialize the fact that the father changes diapers or gives baths, among other opportunities for father-child relationships.

The attention given to babies and young children does not imply a refusal of work itself by the involved women. Often, the maternantes discontinue a prestigious profession which was preceded by a successful school career, because becoming a mother made them reconsider their priorities and strengthen their desire to forego a working life marked by male values ​​defined by competition (”They want money, power and status with great determination and perseverance [27]“). Many activities and jobs are emerging from these new practices, facilitated by new technologies and the Internet. These new ways of working tend to reject separatism: the children are part of life, they may not be far while the parent works.

So nothing to do with a “return to the traditional model [28]” or an alleged desire for “wisdom [that would be] elsewhere, for not saying yesterday [29] …”

We do not live separately, even separatist, as seems to be implied by the worldview of Elisabeth Badinter -starting with the title of her book, The Conflict. Yes, the matter is first to focus on the child, the fragile baby [30], eager for and dependent on relationships.

But this closeness with the baby does not imply separation with the father! Child psychiatrists fear that the father would be exiled when cosleeping [31], but this doesn’t happen in families that follow their parenting instincts for attachment: what is needed by a new family is not a crib but a big parental bed or mattress on the floor side by side, or a side-bed for the baby.

There is no separation with other adults either. Women who think they have a duty to their small children can also be women who live an exciting life. Mothering the baby is associated with boredom by Elisabeth Badinter, who quotes authors of novels that “aspire only to rediscover the outside world [32].” This sounds strange to the ears of maternantes who read, type on their computer, go out with their babies, spend time with their friends. Babywearing and breastfeeding give great freedom of movement.

Elisabeth Badinter also believes that “The ideal [of maternage is] to subvert the tete-a-tete to the body to body [33].” This is a position very far from attachment parenting: parents who want to be available for their child do not howeve focus their lives on him [34], and know that the child gains nothing, however, to have parents too “on him,” too nervous, or too controlling.

Accordingly, the maternantes do not feel overwhelmed by “the extension of maternal duties” of the late 20th century, which would involve “a scrupulous attention to psychological, social and intellectual development of the child [35]”. “They know that in addition to his need for milk and contact, their baby and then child seeks, above all, to live with its family, in observation, imitation, interaction: the toddler eats from the plate of its parent, takes part in outings with other families, and thus constructs his social life.

The main concern of maternage is ultimately mostly to minimize industrial contamination of her child through food, diapers, water, air and reducing their damage to the environment (pesticides, diapers, etc.). They question leaving a polluted world to their children as an inheritance. The irony of Elisabeth Badinter’s stance about ecology [36] also reveals the triumph of the economic and environmental idéals of the 1970s. Despite her skeptical tone, Elisabeth Badinter pretty much sums up the aspirations of today: “After the amoral practice of the exploitation [of nature], we must now respect it [37].” However, the conclusion she draws from “submission to Mother Nature”, “whose simplicity and wisdom we admire” [38] is stained with anthropomorphism: “submission” and “admiration” are specific to male values . Living in balance with nature and her entourage has not to do with submission, but interaction and fine-tuning.

Thus, the maternantes who try to be responsive to the needs of their child do not recognize much in the maternal characteristics that Elisabeth Badinter quotes when she is talking about the 1970s “nonchalance”, “indifference [39]”, “selfishness [40]” almost to the point of inattention and irresponsibility [41]. “Gone are the seventies when you could live your ​​pregnancy with carelessness and lightnes [42]!”

Finally, the separatist ideas of Elisabeth Badinter also come from the distinction that she makes between “woman and mother”, and her recurring aspiration to define a feminine identity [43]. Yet, you may want to refuse to be identified by only these attributes and find these attempts at définition too simplifying [44].

About guilt

Finally, Elisabeth Badinter accuses maternage ideology of putting pressure and guilt on young mothers who must make a choice between their “womanhood”, and being a “mediocre mother“. For example, with regard to breastfeeding Badinter states: “It takes a lot of character for new mothers to brave the instructions of nurses and care workers [45].” But we often hear the opposite from breastfeeding mothers [46].

Further, the book deals with women who feel rejected because they did not have child [47], as women who feel rejected because they breastfeed more than six months, sleep with their baby and find only suggestions for detachment from one’s child on the shelves of bookstores.

Everyone seems to seek the full acceptance of who he/she is, as if, as a child he/she had not received unconditional affection from those around her. Everyone seems to want validation of their opinions by others and feel guilty if it is not the case.

Thus, Elisabeth Badinter says [48]: “What mother will not experience at least a twinge of guilt if she does not comply with the laws of nature?” But if this mother finds that her children are well, that she has a satisfactory relationship with them (which is by no means the prerogative of mothers who breastfed), where is the problem? Is it to avoid pinching the young mothers and to herself that she wrote this book? Does she minimize the benefits of breastfeeding [49] to alleviate her guilt for not having done?

Elisabeth Badinter seems to prefer life far from children, because of the low emotional profitability of spending time with our children. “How to recognize that we have sacrificed too much for all the other benefits that came from that? [50]” But perhaps the problem was making these sacrifices? To live out relationships with our companion, our children, our friends, our work separately? Spending time together with kindness, and the gift of unconditional trust is time that builds lasting bonds and that makes sense.

Claudia Renau

Many thanks to Kelsey Forry for the translation k_tinsel@hotmail.com.

NOTES
[1] Flammarion, février 2010, Metropolitan Books, april 2012.

[2] Relatively strong compared to other European countries. see www.ined.fr/fr/pop_chiffres/pays_developpes/indicateurs_fecondite.

[3] Number 454 of Population et sociétés written by Gilles Pison attributes this recent increase to delayed motherhood of young women of the 1970s and 1980s, which age of childbearing was delayed to 30 years today for the first child : pdf here : www.ined.fr/fr/pop_chiffres/france/structure_population/pyramide_ages. Perhaps, moreover, that the delay of first birth at an age which allowed to enjoy life in celibacy promotes mothering time. See this article on Nancy Huston: www.peripheries.net/article254.html.

[4] See Ne pleure plus bébé, Claude Didierjean-Jouveau, Jouvence.

[5] John Bowlby et T. Berry Brazelton, they popularized the theory of attachment, Edwige Antier in France.

*in original text.

[6] For government assistance to women who want to stop working to stay with her baby in 1985 and 2004.

[7] 15% of breastfeeding when the baby is two and half months.

[8] Unlike the German or Japanese mothers who could not afford and which therefore have few children.

[9] Although the analysis is subjective: “50% of mothers with one child are working full time [and] 25% of women with three or more children,” page 234 of the french edition.

[10] Page 246 of the french edition. [11] Page 241 of the french edition. [12] Page 244 of the french edition.

[13] Page 244-245 of the french edition. [14] Page 243 of the french edition.

[15] The refusal of which is close to the animal’s body visibly expresses discomfort. Disgust for the female secretions (blood, milk) is a macho attitude that the feminist struggle had justly allowed to exceed.

[16] Page 251 of the french edition. [17] See articles of Arrêt sur Image : www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2754.

[18] Connection enabled by breastfeeding, cosleeping -which aims is primarily not to let the baby cry, to take seriously his claims-, sometimes by elimination communication (life without diapers), the home education etc.

[19] Taking up a slogan of decreasing, www.decroissance.org. [20] Page 233 of the french edition.

[21] A term used by Elisabeth Badinter. [22] Page 146 of the french edition.

[23] Beside, it does not bother Elisabeth Badinter, the feminist and working mothers to entrust these tasks they consider unpleasant to other women. But if the mothers find so difficult to parent their own children, why would other women find rewarding to care for the children of others?

[24] Self-reflection, knowledge of self, of our own basic needs, are important in the relationship with our children : to minimize them with a toddler (or an older) whose needs take precedence, or to detect what are our own significant needs to assert.

[25] Page 149 of the french edition. The original text of Edwige Antier, Éloge des mères, J’ai lu (pages 100-101) does not reject the baby care given by the father (although the quote from Dolto the same page seems absurd to us).

[26] Page148 of the french edition. [27] Citation page 39 of the french edition. [28] Page 13 of the french edition. [29] Page 52 of the french edition.

[30] Beside, she forgets the primacy of the needs of the child in her paragraph on home birth (page 61): mothers who prefer to give birth at home often do it primarily to protect the baby (facilitate his birth, avoid the impregnation of analgesia, prevent hospital intrusions).

[31] «Rufo fear that [this practice] pushes the father out of the marital bed for exile in lounge », page 155 of the french edition.

[32] Page 26 of the french edition. [33] Page 161 of the french edition.

[34] See Concept of continuum, de Jean Liedloff, Da Capo Press Inc.

[35] Page 171 of the french edition. Beside, observe and accompany the development of a baby is exciting, many scientists have done studies on this prestigious subject, why would mothers not have the right to find it as exciting, intellectually exciting!

[36] Pages 53-54 of the french edition. [37] Page 53 of the french edition. [38] Page 54 of the french edition, and also: «The authority of nature is indisputable» page 105.

[39] Page 248 of the french edition. [40] Page 141 of the french edition. [41] Page 247 of the french edition. [42] Page 101 of the french edition.

[43] For example page 249 of the french edition.

[44] Thus, we can rejoice that: “The illusion of a united front of women [was] shattered, astheir interests may diverge. That is, again, questionning the definition of a female identity.”

[45] Page 138 of the french edition.

[46] Hence events like the “Great suckling” – evokes with a little condescension page 233 – togenerate public recognition.

[47] Pages 210, 213, 214, 223, 224 of the french edition, particularly because of the ideal of the perfect mother.

[48] Page 93 of the french edition. [49] Page 108, 138, 139, 140 of the french edition.

[50] Page 225, page 253 too (of the french edition).