Fly Lady dans C’est ma vie sur M6 !

Samedi 16 avril dans l’émission C’est ma vie, sur M6, la fameuse méthode Fly Lady, exposée en détails dans le livre Entretiens avec mon évier a eu les honneurs ! C’est l’histoire de France et Sébastien : France et Sébastien, la trentaine, se sont retrouvés à la tête d’une tribu de bientôt 6 enfants en 6 ans ! Si Sébastien le vit plutôt bien, ce n’est pas du tout le cas de France, mère au foyer, qui est totalement débordée et désemparée. Le problème, c’est qu’elle ne sait pas s’organiser ! France est au bord de la crise de nerfs, et en plus, elle est enceinte… Elle va donc devoir rapidement trouver une solution à son problème d’organisation si elle ne veut pas craquer…
En voici un petit extrait :


Vive Fly Lady !
Vous pouvez visionner l’emission au complet sur le site M6 Replay : C’est ma vie : France et Sébastien.

Retrouvez ici la page du livre : Entretiens avec mon évier de Marla Cilley avec la possibilité de télécharger un chapitre !

« faire le deuil de l’enfant qu’on imaginait »

Je souhaite partager avec vous ce témoignage bouleversant. Bien qu’il s’agisse d’une situation exceptionnelle, je pense que tous les parents peuvent y trouver matière à réflexion.

Dans ce texte, « TOC » signifie « troubles obsessionnel compulsif »; « Aspie » et « SA » signifient « syndrome d’Asperger« .

« Je voudrais raconter l’histoire de mon frère qui, même s’il est officiellement sévèrement TOC, doit être Aspie. Tony Attwood dit que 25% des Aspies ont aussi un TOC. Né en 1952 il n’a pas pu bénéficier des avancés en matière d’autisme. Mon père a toujours essayé de le mettre dans le moule de normalité, y compris en le fouettant avec une cravache. Ma mère disait en boucle qu’il était « hopeless » (« nul », littéralement « sans espoir »). La seule personne qui le comprenait ma tante, qui est malheureusement décédée trop tôt.

Le centre d’intérêt de mon frère était les taureaux. Mon frère était brillant à l’école, mais sans véritables amis, sauf un qui était différent comme lui. Comme la tradition anglaise le veut, il a été envoyé en internat où il a énormément souffert de brimades, y compris des profs. Il a fini par partir seul le dimanche (on ne rentrait pas le week-end), ce qui a été interprété comme des fugues, mais il est toujours revenu. Mes parents ont fini par le ramener à la maison et il est allé à un collège/lycée du coin, où il a de nouveau été cible de brimades. Il a réussi brillamment ses examens à 15 ans et se préparait à l’équivalent du bac. Étant dans une école pour garçons et ayant aucun contact avec les filles il a fini par tomber amoureux d’un garçon qu’il a harcelé avec des lettres d’amour. C’était les années 60. La réaction était violente. Le résultat était catastrophique. Il a complètement changé, a arrêté de travailler à l’école, a insulté le proviseur et a fini par refuser de passer son bac.

Depuis ce jour il n’a jamais travaillé et a vécu aux crochets de mes parents. Il avait un correspondant allemand, chez qui il a finalement fait un séjour. Il a dû mentir pour dire qu’il était étudiant et quand il est revenu et a reçu une lettre de ce correspondant, il savait que s’était une demande de venir en Angleterre. Il s’est rendu compte que son mensonge allait être découvert. Il n’a pas ouvert la lettre et a mis à peu près 20 ans avant de pouvoir ouvrir une lettre. Maintenant il faut qu’il reste debout toute la nuit pour ouvrir le courrier.

Il a aussi agressé sexuellement un jeune garçon dans les toilettes et a été condamné pour agression sexuelle. Il disait qu’il ne voyait pas de mal dans ce qu’il a fait. (D’ailleurs le risque de tomber dans la pédophilie est plus fort chez les Aspies, selon Isabelle Hénault) C’était les années 1980 et heureusement pour lui il n’a pas fait de prison.

C’est quelqu’un qui ne peut pas faire les choses de base dans la vie, comme se laver, changer et laver ses vêtements, changer les draps, faire à manger. Il vit avec ma mère de 90 ans et il y a des gens qui viennent faire à manger et le ménage. Il ferme sa chambre à coucher à clé car c’est une telle porcherie il veut que personne n’y aille.

Il passe sa journée et souvent une grande partie de la nuit devant la télé. J’y vais quand je peux, mais il ne me laisse pas faire les choses qu’il ne peut pas faire, surtout ouvrir le courrier, sauf les courses et les repas!

Il est très lent. Son TOC l’oblige à faire des choses dans sa tête avant de faire autre chose, comme simplement partir. Il n’a aucune empathie et si on a le malheur de l’interrompre il lève la voix pour noyer l’autre personne et devient agressif. Il a une fois pété un câble parce que je suis arrivé avec 15 minutes d’avance, ayant pris un taxi.

J’ai signalé au médecin de famille que je pensais qu’il avait surtout un SA. Celui-ci l’a envoyé chez un psy qui a sorti son dossier TOC et après une discussion d’une heure a décidé qu’il n’était pas Aspie!!

Mon frère lui-même se fâche si je parle d’un SA.

Voilà comment on peut détruire une personne. En tant que jeune frère j’en ai rajouté moi-même à sa détresse, surtout parce qu’il était plus atteint que moi. La lecture de « Métamorphose » de Kafka m’a ouvert les yeux (NdE: on peut lire le texte intégral de « La métamorphose » ici). Une famille qui s’acharne sur son fils, qui finit pas se transformer en grosse scarabée et se cloîtrer dans sa chambre.

Mes parents ont fini par accepter qu’il allait rester à la maison. Il y a eu des clashes avec mon père, qu’il a tabassé à deux reprises. Ils ont toujours dit qu’il faisait tout exprès pour les embêter, qu’il était différent avec les autres.

Dans les derniers mois de vie de mon père il a été exemplaire. Il ne garde aucune rancœur pour ce qu’on lui a fait subir. Il garde son calme avec ma mère qui répète en boucle qu’il la déteste, sans doute par sentiment de culpabilité.

Quand ma mère décédera je ne suis pas ce qu’il va devenir. Je l’avais fait venir en France pendant une quinzaine d’années pour le séparer des mes parents, mais il retournait passer de plus en plus de temps chez eux. Avec mes propres problèmes je n’ai pas pu m’occuper correctement de lui.

J’espère que tous les parents d’Aspies vont pouvoir positiver en disant que leur enfant est né à une époque quand le Syndrome d’Asperger est reconnu, certes mal. Le rôle des parents est primordial. Je peux comprendre qu’à l’époque Bettelheim a pu se tromper en accusant les mères frigidaires à être à l’origine de l’autisme. C’est plutôt sa réaction à l’autisme qui a transformé ma mère en mère frigidaire. Elle n’a pas su ou pu faire le deuil de l’enfant différent. »

NdE: Bettelheim était un psychologue aussi complexe que controversé. Ses théories ont donné lieu à des interprétations catastrophiques pour la prise en charge des enfants autistes.

L’auteur de ce témoignage ajoute, à propos de son père :

« Je ne voudrais pas que la mémoire de mon père soit associée avec de la violence. Il était ignorant et influencé par son éducation et le fait qu’il a dû affronter la mort à plusieurs reprises pendant la guerre, surtout quand son bateau a été coulé par les Japonais et il a passé 36 heures parmi les requins de l’Océan Indien. Pour lui les problèmes d’ordre de la santé mentale n’existaient pas. C’était quand même un homme qui a beaucoup changé après et a su maladroitement s’occuper de son fils « différent ». « 

Packing : l’autisme en France

J’ai reçu dans ma boite cette lettre du président de l‘association Autisme PACA. C’est une lettre adressée à l’université Paris 7, dont les enseignements concernant la prise en charge des enfants autistes apparaissent comme non seulement préjudiciables à ces enfants mais également leur fait perdre un temps précieux en les détournant d’une prise en charge adaptée et efficace. Il semble que la France présente un retard aussi inexplicable qu’inexcusable dans ce domaine, ce qui est notamment illustré par la pratique du packing dans 300 établissements.
Je laisse la parole à ce papa :

Monsieur le Président,

Je suis parent d’un enfant autiste, et à ce titre c’est avec consternation que j’ai découvert récemment le contenu du DU « Autisme » de votre Université pour 2010-2011 :

http://www.univ-paris-diderot.fr/formation/DocFormation/broAutisme2010-2011.pdf

Le contenu de cette formation est quasi-exclusivement consacré à l’approche psychanalytique de l’autisme qui est utilisée en France depuis des décennies avec des résultats calamiteux. A l’inverse, les approches éducatives (ABA, TEACCH, PECS) éprouvées et largement utilisées dans le reste du monde depuis 40 ans ne sont que brièvement évoquées, et ce surtout pour parler de leurs « limites ». Cette formation représente un recul pour les familles, en droit d’attendre mieux de votre Université. Vous le constaterez par vous même grâce aux documents suivants :

– l’état des connaissances scientifiques de la HAS (03/2010) n’est pas évoqué dans cette formation :
Rapport n°102 du Comité Consultatif National d’Ethique de 2007
– le guide Espagnol de bonnes pratiques de prise en charge de l’autisme (2006), à l’inverse, recommande les approches éducatives précitées et qualifie l’approche psychanalytique de l’autisme de « pire erreur de la neuropsychiatrie infantile ».
– le document de synthèse de Autisme Europe de 2009 sur le sujet, établi pour la Communauté Européenne, recommande également les prises en charge éducatives comportementales telles que l’ABA ou le TEACCH comme étant les plus efficaces.

Par ailleurs cette formation fait ouvertement la promotion de la pratique du « packing » qui consiste à envelopper des enfants ou adultes autistes (même des petits de 5 ans) dans des linges glacés à 10° au prétexte de leur « constituer une seconde peau ».

Cette pratique est très controversée sur le plan de l’éthique et n’a aujourd’hui fait l’objet d’aucune validation scientifique – contrairement aux méthodes éducatives que cette formation mentionne à peine. Vous trouverez ci-après la position du Pr Bernadette Rogé, sommité mondiale sur l’autisme qui enseigne la psychologie à l’Université de Toulouse 2 :
http://www.autisme.ch/portail/index.php?option=com_content&view=article&id=307&Itemid=100035

En conclusion, votre Université présente ainsi une formation dépassée, en désaccord avec les connaissances scientifiques sur l’autisme, en décalage total avec ce qui se fait de mieux à l’étranger mais aussi en France en matière de prise en charge de l’autisme.
Les conséquences pour les familles sont incalculables: combien de futurs professionnels seront ainsi formés à des pratiques obsolètes voire néfastes pour les enfants autistes ?

Votre Université risque également de fortement souffrir de la comparaison face à des établissements comme Toulouse-2 ou Lille-3 où encore Paris-5, dans lesquels des formations diplômantes sur l’autisme sont données et nettement plus en accord avec l’état des connaissances et les avancées de la recherche.

Monsieur le Président, j’ose espérer que vous aurez le courage de prendre les décisions qui s’imposent au sujet de ce DU qui fait ne fait pas honneur à votre établissement, tant en France qu’à l’étranger, et qui fera s’il est maintenu en l’état un tort considérable à des générations d’enfants autistes qui ont besoin, aujourd’hui comme demain, de professionnels compétents et correctement formés, pas de thérapies inefficaces, obsolètes et inutiles voire néfastes.

Cordialement.
Un père et un président d’association triste de voir ce retour en arrière !

Tremblements de mères aux Maternelles sur France 5

pub_tdm_mb Maman blues et son livre Tremblements de mères ont eu l’honneur d’être cités aujourd’hui dans l’émission des Maternelles sur France 5.
Thème de la grande discussion : « Mon accouchement s’est mal passé, j’ai du mal à créer le lien avec mon enfant. »
Un reportage également sur l’unité mère bébé du Vinatier à Lyon , unité Serge Lebovici qui était menacée de fermeture l’année dernière avec l’équipe du Docteur Nathalie Elbaz.
Pour voir la vidéo : http://les-maternelles.france5.fr/?page=emission&id_rubrique=3407
(citation de Maman Blues à la 43m48 secondes et à la 45m57 secondes).
Plus d’infos sur Tremblements de mères : www.editions-instant-present.com/TDM

Derniers jours de souscription pour le prochain livre de Claude Didierjean-Jouveau sur les grands-parents !

Notre prochain livre Le (nouvel) art d’être grand-parent, Quand nos enfants deviennent parents, ouvrage de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau va sortir le 18 septembre à l’occasion de la Fête du maternage à Hattenville, en Seine Maritime. L’auteure sera présente le samedi 18 septembre et parlera du sommeil partagé à 14h30.
La souscription se terminera en conséquence le 15 septembre : la souscription permet de pré-acheter le livre en bénéficiant d’un tarif réduit : 8 euros au lieu de 12 euros. Le livre est ensuite envoyé par la poste.

Le livre est présenté sur notre site :
www.editions-instant-present.com/souscription-pour-le-nouvel-art-dêtre-grand-parent-p-21.html
Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau nous offre dans ses textes sa vision de la parentalité proximale. Devenue grand-mère, elle nous transmet ses réflexions sur le rôle et la place des grands-parents. Son credo ? Des grands-parents bienveillants envers leurs enfants, dans la continuité du maternage et du respect de l’enfant devenu adulte et à son tour parent. Cette attitude va dans les deux sens et concerne aussi les jeunes parents : la recherche de compréhension, comme ses exemples le montrent, désamorce les éventuels conflits.

Après avoir évoqué l’histoire de la grand-parentalité, Claude Didierjean-Jouveau partage ses observations et transmet de nombreux témoignages souvent émouvants sur la façon dont l’affection, le soutien et la transmission s’incarnent dans les relations grands-parents-parents-enfants. L’auteure nous propose ensuite un « petit vade-mecum à l’usage des grands-parents » qui recense les erreurs à ne pas commettre sur ce chemin.

Apprendre à lire simplement

Marlène Martin a été interviewée sur une radio nationale à propos de « Apprendre à lire en famille » – on peut ecouter le podcast ici – et cela m’a donné envie de remettre ce sujet sur le tapis.

Depuis la parution du livre de Marlène, j’observe avec attention que la question de l’apprentissage de la lecture génère chez la plupart des parents des postures un peu crispées, une réaction que je trouve d’ailleurs légitime compte tenu des pressions sociales, même si je suis convaincue que cet apprentissage bénéficierait de plus de souplesse, de joie et même d’insouciance.

Je m’explique :
pour la très grande majorité, l’apprentissage de la lecture est l’étape charnière de l’éducation d’un enfant. Je pense moi-même que lire est une compétence fascinante et potentiellement libératrice, une croyance qui m’a d’ailleurs amenée devenir éditrice 🙂

Cependant, je reste très critique d’une grille de lecture (ah ! ah !) normalisante où le savoir-lire est vu comme plus important que d’autres compétences, à mon avis également fascinantes et libératrices, telles que la capacité à identifier ses émotions, la prise en charge sa propre alimentation et de sa propre santé, la résolution non-violente des problèmes, toutes compétences qui se mettent en place des le plus jeune âge. Pour ceux qui haussent les épaules devant cette liste un peu néo-baba (ou « née à bobo » ?), je pense aussi à d’autres compétences, nettement plus académiques, mais tout aussi essentielles : la discussion critique, le décodage de l’image, la rigueur des démonstrations, l’observation naturaliste, la traduction du monde perceptible en termes mathématiques, le penser/classer, …

Mon propos est donc de remettre la lecture à sa place : c’est une connaissance majeure dans notre société, mais pas la seule, et je ne crois pas que lui attribuer la prépondérance dans la vie de l’enfant soit une approche optimale. Ce que j’ai appris dans « Apprendre à lire en famille », c’est ça justement : remettre la lecture à sa place, c’est-à-dire dans le quotidien, dans le même éventail des possibles que la liste (incomplète) des compétences du paragraphe précédent.

La lecture n’est ni un terrain réservé aux seuls experts de son apprentissage (posture d’exclusivité scolaire) ni non plus une capacité innée qui ne devrait nécessiter aucune intervention extérieure (posture qui résulte d’une incompréhension de processus cognitifs en général). La réalité, comme toutes les réalités, se situe entre les deux théories extrêmes, avec une belle variabilité tout humaine : certains enfants acquièrent la lecture si facilement et rapidement que cela semble une compétence innée et naturelle, d’autres enfants ont besoin d’un accompagnement plus attentif; certains enfants manifestent très tôt leur intérêt pour l’écrit (bien avant que l’école ne le leur propose), tandis que d’autres enfants ne s’y intéressent que très tard (bien « trop » tard du point de vue des programmes scolaires). Dans tous les cas, il me parait essentiel de ne pas enfermer a priori l’enfant dans une case, mais bien d’être attentif à son développement et de lui proposer une environnement suffisamment riche et serein qui lui permettra de mener son propre apprentissage.

Est-ce qu’il est indispensable d’avoir tout lu, tout compris et tout appris « Apprendre à lire en famille » pour offrir un tel environnement à son enfant ? Non. Croire cela, ce serait retomber dans le travers qui ferait réserver aux experts l’accompagnement de l’enfant. En ce qui me concerne, j’ai trouvé que le livre de Marlène me facilitait incroyablement les choses, tout au bénéfice de mon fils, à qui j’ai pu proposer un environnement détendu et sans attente, parce que moi, parent, j’avais une vision globale et sereine des processus en jeu. Je ne crois pas que ça soit indispensable néanmoins. Pour faire un parallèle, on peut explorer l’alimentation vivante seul, au gré des rencontres, mais lire Valerie Cupillard permet de prémacher (ah ! ah !) le travail.

Est-ce qu’accompagner l’apprentissage de la lecture nécessite de s’assoir a table de façon régulière et de travailler scolairement ? Surtout pas ! Voila l’inquiétude que j’ai remarquée chez beaucoup de parents, scolarisants et non-scolarisants, cette idée qu’il « faudrait » être scolaire pour apprendre à lire, même à la maison. Pourtant, je le vois, ces parents qui craignent de ne pas en faire assez sont bien souvent ceux qui font précisément juste ce qui convient a leur enfant !

Je pense à ce garçon de 6 ans, non scolarisé, qui voulait écrire un panneau « Stop » pour une scène faite en pâte à modeler. Il nous a demandé un modèle, a écrit les lettres sur un papier, a corrigé de lui-même une erreur, a contemplé son travail avec satisfaction, et complété la scène. Il a ensuite, dans la foulée, voulu copier deux mots écrits sur un imprimé, puis est passé à autre chose. L’intervention des adultes s’est réduite à très peu : écrire le modèle à sa demande, lire le résultat quand il l’a montré, constater que les mots copiés disaient la même chose que l’imprimé. Le tout n’a pas duré plus de quelques minutes, a été le résultat d’une démarche venue de l’enfant, mais dans un environnement particulièrement riche et privilégié : l’enfant jouait avec des adultes, il y avait à portée de main du papier et des stylos, il y avait un programme de cinéma qui trainait sur la table, aucun des adultes n’avait d’attente particulière sur ce que l’enfant ferait, ni d’évaluation sur ce qu’il a fait.

Apprendre à lire en famille, il me semble que c’est ça, précisément : être présent, attentif et disponible, aimer lire (ce qui doit être votre cas si vous avez lu ce long post), accueillir sans jugement ce que produit l’enfant, proposer sans attente. Il suffit de quelques minutes, quelques fois par semaine (parfois avec des pauses de plusieurs mois), et bien sur beaucoup d’amour, de confiance et de respect…

Un extrait du livre : Le concept du continuum

(Cet extrait est repris dans mon livre Les Années de Lait)

Extrait du livre :Le concept du continuum, À la recherche du bonheur perdu, de Jean Liedloff, pages 96 et 97, avec l’aimable autorisation des éditions Ambre www.editionsambre.com (l’extrait complet est disponible sur la page www.editionsambre.com/pdf/continuum_continuum.qxp.pdf).

« Envisageons à présent les expériences des bébés non-continuum des cultures occidentales contemporaines. […] Il pleure et pleure encore ; ses poumons, nouvellement exposés à l’air, sont épuisés par le désespoir dans son cœur. Personne ne vient. Faisant confiance à la vie, comme il est inscrit dans sa nature, il fait la seule chose dont il est capable, et continue à pleurer. Finalement, une éternité plus tard, il s’endort, épuisé.

Il se réveille au milieu d’un silence cruel, dans l’oubli, dans un endroit sans vie. Il crie. Des pieds à la tête, il brûle de désir, de volonté et d’impatience. Il suffoque et hurle jusqu’à ce que ses sanglots résonnent dans sa tête et la fassent vibrer. Il crie jusqu’à ressentir une douleur dans la poitrine et dans la gorge. Il ne peut plus supporter cette souffrance. Ses sanglots s’affaiblissent et cessent. Il écoute. Il ouvre et ferme les poings. Il roule la tête d’un côté puis de l’autre. Rien n’y fait. C’est insupportable. Il recommence à pleurer, mais cela en est trop pour sa gorge épuisée ; il s’arrête. Il raidit son petit corps torturé par le désir et en retire un léger soulagement. Il agite les mains et gigote. Il s’arrête, capable de souffrir, mais incapable de penser, incapable d’espérer. Il écoute et se rendort. »

l’allaitement biologique ( biological nurturing ) par Suzanne Colson

Lors des journées des Doulas, j’ai aussi pu assister à une conférence de Suzanne Colson, à propos de ce qu’elle nomme le « biological nurturing » ( allaitement biologique ). Ca a été pour moi une véritable révélation, et plus particulièrement, j’ai enfin la clef, plus de 7 ans après, des difficultés d’allaitement que j’ai rencontrées à la naissance de mon ainé.
suzancolsonSuzanne Colson a montré, par des exemples vidéos filmés lors d’une étude scientifique qu’elle a menée ces dernières années dans une maternité anglaise, une position d’allaitement de nouveaux-nés assez originale parmi les recommandations usuelles. Dans cette position, la mère est allongée ou quasi allongée, son bébé contre elle dans un alignement similaire au sien qui fait que non seulement les ventres sont en contact, mais ses deux jambes aussi tandis que la plante des pieds du nouveau-né prend appuit sur le ventre (ou les cuisses) de la maman. Le bébé, peut ainsi se positionner en soulevant par petits coups sa tête, et saisir le sein. Suzannne Colson rapportait qu’une des mamans du groupe qu’elle avait filmé, parlait de « son petit pivert », en reférence aux mouvements de tête du pivert piquant dans un tronc d’arbre. Elle nomme pour sa part cette position, la position d’allaitement biologique ( biological nurturing ). Elle a donné plusieurs raisons à cette appellation: c’est une position très analogue à celle de certains bébés mammifères, et ses observations des mères qui pratiquaient naturellement cette position ont mis en évidence une manière assez particulière de manipuler leur bébé, tout à fait consistante avec les réflexes testés sur les nouveaux-nés en pédiatrie.
Au contraire de cela, prenez une jeune maman qui ne se sent pas très adroite avec son bébé tout neuf, qui se tient justement très droite sur sa chaise, le nourrisson ventre à ventre mais perpendiculaire, les pieds plus ou moins dans le flou.. le petit tente ses mouvements de tête mais on dirait plus qu’il n’arrive pas à s’accrocher au mamelon, qu’il glisse, voire qu’il rejette le sein, et plus le maintient dans le dos est ferme, plus il s’énerve (ce qui est d’ailleurs une réponse parfaitement normale!).. c’est dur à vivre! en ce qui nous concerne, nous avons trouvé des petits trucs pour malgré tout y parvenir, puis nous avons eu la chance d’assister à une réunion de La Leche League qui est d’une certaine manière, parvenue à engrammer le biologique qui m’avait fait défaut.
Bien sûr beaucoup de bébés s’accomoderont de la position adoptée par leur maman, mais dans certains cas, je pense que cette découverte de Suzanne Colson pourra vraiment être d’une grande aide.
Plus d’informations (en anglais), sur le site http://www.biologicalnurturing.com et notamment le poster explicatif et un article « une recette non prescriptive d’allaitement ».

Avoir foi en son enfant et en soi

Voici un témoignage que j’avais écrit en 2004 sur la liste de discussion Parents Conscients. J’y repense régulièrement, lorsque nous avons des moments difficiles avec nos enfants.

——

« La foi »

Non, je ne parle pas de la foi en Dieu, même si j’aimerais discuter un jour avec vous de la question de la religion en rapport avec l’enfant, mais je veux plutôt parler de la foi en soi.

Voila ce qui s’est passé récemment :
au cours des dernières semaines, nos rapports à notre fille de bientôt 4 ans, lentement, se sont dégradés. Nous étions absorbés par nos problèmes, peu disponibles (des invités à la maison tout le temps), pas très attentifs aux soucis qu’elle traverse.
Et puis, pendant la dernière semaine, alors que nous prenions des simili-vacances, tout est allé très vite : notre fille habituellement si forte, intelligente et co-coopérative, est devenue un de ces enfants difficiles, qui refusent d’écouter, qui accumulent les bêtises, ne respectent pas les autres, etc. (bon, j’exagere un peu, mais tout de même, le changement était frappant). C’était très dur et très
déprimant, je ne savais pas du tout comment réagir, et je sentais ma fille souffrir et la situation s’envenimer dangereusement.

Et puis, alors que j’étais seule avec elle en train de prendre des photos de la façade d’une église, nous entendons un enfant pleurer dans un trolley bus gare près de nous (apparemment en location pour le mariage qui se déroulait a l’intérieur), et une dame nous appelle, nous dit monter dans le trolley. Là , une petite fille de deux ans est roulée en boule sur la banquette, pleine de larmes. La dame nous
explique que la maman est coincée dans la cérémonie du mariage et qu’elle ne sait comment consoler la petite, et qu’elle espère que ma fille voudra bien jouer avec elle. Ma fille, à la fois intimidée et ravie d’avoir eu le droit de monter dans le trolley n’a pas joué avec la petite, mais moi, c’est sorti tout seul, je me suis mise à sa
hauteur, lui ai parlé, lui ai caressé le front et ce point entre les sourcil, bref, tout venait naturellement, et la petite fille s’est calmée et allait mieux.

En revenant, je me posais cette question :
comment se fait-il que je sache consoler une enfant inconnue alors que je suis devenue, en quelques jours, incapable de m’adresser à ma propre fille ?

Et la réponse s’est imposée : je n’avais plus foi en moi, plus foi en ma capacité à répondre adéquatement à ses besoins et demandes. Ce n’est pas venu par hasard, car je suis en grands questionnements par rapport à ma propre histoire. Alors j’ai repensé à cette évidence qui me liait à ma fille-nourrisson, et je me suis à nouveau sentie remplie de cette force un peu transcendante, qui relie tous les parents du monde, j’en suis certaine. Je me sens à nouveau forte et tranquille, même si je suis toujours très secouée par mes investigations intérieures. Et ma fille ? Ça a été immédiat. Tout de suite le contact est revenu et la communication est facile. Je ne dis pas que nous avons réglé toutes les difficultés rencontrées, mais maintenant nous sommes *avec* elle, pas contre elle.

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Lors de ce voyage, une jeune tourterelle s'etait prise d'amitie pour ma fille...

« Sans couches, c’est la liberté! » dans Ressources Parents

Article paru dans Ressources Parents n°5 (Janvier 2007), par Stéphanie Souhaité.

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C’est en participant à des listes de discussion américaines, puis en surfant sur certains sites que j’ai connu l’Hygiène Naturelle du Bébé. C’était en l’an 2000, mon fils avait 7 mois, et je me suis tout de suite lancée dans l’aventure, en me basant sur ce que j’avais pu lire par-ci par-là.

En 2001, Ingrid BAUER a sorti son livre Diaper Free! The Gentle Wisdom of Natural Infant Hygiene. Pour nous, beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts, et du « sans couhes » intégral, nous étions repassés, pour de nombreuses raisons, aux couches la plupart du temps. Lire ce livre a été pour moi comme un nouveau souffle: il répondait à toutes les questions que je m’étais posées à l’époque sans trouver de réponses. Il était encourageant, doux, respectueux, et il cadrait tout à fait avec l’idée que je me faisais d’un maternage plein d’empathie, à l’écoute de mon enfant. Je regrettais vraiment de ne pas avoir eu ce livre en mains plus tôt, il m’aurait certainement aidée dans les moments de doutes qui m’ont conduite à remettre des couches à mon bébé…

Ce livre, même si je n’en avais plus besoin puisque mon fils était devenu « propre » (quel terme bizarre!), je l’ai toujours gardé dans un coin de ma tête. Il appartenait pour moi à la même catégorie que le Concept du Continuum, de Jean Liedloff.

Il ne parle pas que du pipi-caca et de la façon dont on peut éliminer les couches, non, il parle de la vie en général, de la relation des adultes avec leurs enfants, des besoins fondamentaux des bébés, de l’allaitement, de la communication dont sont capables les tout-petits, de la conscience de leur corps, du co-dodo… Il parle aussi d’écologie, et de l’amour que nous devons à notre Terre, des cycles de la nature… Il parle des vêtements, il parle de l’Inde, de l’Afrique, il parle de la médecine, de l’industrie des couches, il parle des hommes, des femmes, des grand-mères depuis la nuit des temps… et il parle des petits humains qui méritent d’être écoutés dans leur globalité, et qui attendent une réponse à leurs signaux.

C’est pourquoi, à l’ouverture des Édtions l’Instant Présent, j’ai proposé à Ingrid de faire une traduction française de son livre, qui mérite selon moi d’être connu du plus grand nombre…

Le voici donc:
Sans couches c’est la liberté! A la redécouverte de l’Hygiène Naturelle du Bébé
de Ingrid BAUER,
Éditions l’Instant Présent,
320 pages, 23,50 euros.
ISBN-10: 2916032029
ISBN-13: 978-2916032023

Sans couches, c’est la liberté! est disponible sur commande à la boutique.

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