Blog HBR : peut-on inverser l’expérience de la prison de Stanford ?

Dans cet article du blog de Harvard Business Review Greg McKeown nous invite à réfléchir sur les effets d’une politique de bonification des bonnes actions plutôt que celle d’une répression des mauvaises.
L’expérience de la prison de Stanford est simple, des étudiants en bonne santé se sont vus attribuer des rôles de gardiens ou prisonniers puis ont été enfermés dans une prison de fortune dans un sous-sol. Cette expérience fut menée par Dr. Phil Zimbardo, en quelques jours, la santé mentale des personnes (qu’elles soient gardiens ou prisonniers) s’est dégradée rapidement, depression et gros stress pour les uns et le comportement des gardiens est devenu sadique. L’expérience fut stoppée prématurément. Elle démontre qu’un mauvais fonctionnement peut très vite nuire à l’homme. Cette expérience n’est pas sans rappeler celle de Milgram (où les sujets ont montré une telle obéissance aux personnes en situation d’autorité qu’ils ont administré ce qu’ils croyaient être des chocs électriques mortels pour les patients cf. l’article Wikipédia à ce sujet) et Dr Zimbardo se pose alors la question de voir si l’expérience pouvait être inversée.
Pourrions-nous, à travers une série de petites victoires, instaurer une « lente ascension dans la bonté, étape par étape » ? Et une telle expérience pourrait-elle être exécutée à un niveau sociétal ?
C’est le Canada qui a fourni un début de réponse, la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) à Richmont, a instauré un nouveau fonctionnement. Le taux de récidive était alors aux alentours de 60%, la criminalité juvénile en augmentation importante, et Ward Clapham a contesté les hypothèses de base du système de maintien de l’ordre lui-même et a suggéré de chercher à concevoir un système qui encourage les gens à ne pas commettre un crime en premier lieu. Ainsi, la GRC a décidé d’arrêter les personnes qui avaient effectué une bonne action pour leur donner un billet « positif », qui donnait une entrée de cinéma ou accès à un centre pour les jeunes. Ils ont distribué pas moins de 40.000 billets dans l’année, trois fois moins que les billets « négatifs » sur la même période.
Selon Clapham, le taux de récidive chez les jeunes est passé de 60% ​​à 8%, la criminalité globale a été réduite de 40% et la criminalité chez les jeunes a diminué de moitié. Et ça coûte un dixième du système judiciaire traditionnel.

Que peut-on conclure de cette expérience ? Qu’il vaut mieux « récompenser » les bonnes actions plutôt que « punir » les mauvaises ? Qu’un système judiciaire inversé serait plus judicieux ?
Il n’en reste pas moins qu’une récompense est une forme de manipulation, on incite alors la personne à faire quelque chose en vue d’obtenir une récompense, et pas forcément parce qu’elle se sent en accord avec cette action. Comment peut-on alors conserver l’estime de soi en ne devenant que des robots tout justes bon à accomplir les bonnes actions qui donneront les bons points ? Qui jugera enfin que telle action est bonne ou pas bonne ? Le système même s’il a le mérite de valoriser plutôt que d’humilier n’en reste pas moins soumis aux mêmes risques de dérives et de contrôles que le système judiciaire actuel.

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Notre société fonctionne avec le bâton, un fonctionnement avec la carotte changerait-il la donne ? Les prisons sont aujourd’hui engorgées, les tribunaux également, les enquêtes longues par manque de personnel et de temps au vu des dossiers qui se multiplient, notre système judiciaire montre sur le plan administratif ses limites, et cette expérience montre aussi ses limites en terme d’humanité, il serait peut-être temps de s’interroger sincèrement sur l’origine de la violence dans notre société actuelle, et de se poser les questions « oubliées » depuis toujours tel que le démontre Olivier Maurel (cf. La violence éducative, un trou noir dans les sciences humaine)

A quand une expérience menée avec des personnes qui ont été bien-traitées (respectées dans leurs besoins, maternées et aimées de façon inconditionnelle) depuis leur naissance ?

Victorine