“Apprendre à lire sans prof ? Les enfants éthiopiens s’y emploient”

Dans les réseaux non-sco a circulé un article paru dans Rue89 intitulé “Apprendre à lire sans prof ? Les enfants éthiopiens s’y emploient”, par Yann Guégan :
http://www.rue89.com/2012/11/01/apprendre-lire-sans-prof-les-enfants-ethiopiens-y-arrivent-236725.

L’article raconte que l’ONG ‘One Lapbtop Per Child’ fondée par Nicholas Negroponte distribue des ordinateurs portables dans des pays où les enfants “n’ont accès à aucune éducation”. Ils ont voulu savoir si avec du matériel, les enfants pourraient “apprendre tout seul”. Ils ont donc distribué des tablettes prééquipées (en anglais) à une quarantaine d’enfants de deux villages éthiopiens.

Il décortique les intérêts de Nicholas Negroponte à développer la culture numérique, il explique que connaitre quelques lettres n’est pas savoir lire, et surtout il doute de la pertinence d’une expérience non accompagnée par une structuration pédagogique.

Dans ce débat, une voix ne s’est pas du tout fait entendre : les familles engagées dans l’éducation autonome hors école voudraient témoigner qu’il existe tout un mouvement en France et dans le monde pour sortir du paradigme de l’école et de la pédagogie (ultra prégnant, voir ce que l’article dit sur “l’Unesco (…), pour qui il n’y a pas d’éducation sans écoles, sans enseignants, sans construction d’une structure éducative adaptée”).

Ces familles observent chaque jour combien l’enfant apprend bien lorsqu’il apprend par lui-même, par l’action, l’observation et l’interaction avec son entourage. La clé de la poursuite d’apprentissage de ces enfants éthiopiens sera l’utilité de la lecture par rapport à leur projet de vie. Si lire des choses est utile et intéressant pour eux, si leur entourage a une attitude bienveillante et curieuse vis-à-vis de cet apprentissage, alors il est certain qu’ils apprendront à lire, les familles l’observent tous les jours avec leurs enfants non-scolarisés (et non-“éduqués”, voir www.editions-instant-present.com/souscription-la-fin-de-léducation-commencements-p-48.html), qui ne fréquentent pas d’enseignants ni d’école ni de structure éducative ni de pédagogie.

Maintenant, la question qui se pose, pour moi, c’est : quelle forme de colonisation de l’imaginaire promeut cette invitation à jouer et lire en anglais ? Est-ce que ces enfants qui vivent en équilibre avec leur entourage et leur environnement (ou pas, je ne connais pas le contexte) ne rêveront plus que de devenir programmeurs dans la Silicon Valley, ou partir à la ville ?

Le simple fait de qualifier ces enfants comme ne bénéficiant pas d’”éducation” révèle cette colonisation de l’imaginaire (pour reprendre l’expression de Serge Latouche) qui considère que ces enfants ont un “manque” alors que personnellement je considère comme un atout leur “manque d’éducation”, au vu de la débrouillardise et du sens de l’initiative qui leur ont permis d’utiliser efficacement les tablettes.

Claudia Renau

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