Être et devenir, les dates des évènements rencontre avec l’auteure Clara Bellar

eed couv OK petitPlusieurs évènements auront lieu en région parisienne pour la sortie du livre Être et devenir : Faire confiance à l’apprentissage naturel des enfants et la célébration des 3 ans en salles du film Être et devenir, avec la présence de Clara Bellar.

• Dimanche 28 mai à 11h30 au St-André des Arts (Paris 6e) : séance spéciale anniversaire avec Clara Bellar, suivie d’une signature du livre et d’un buffet.

• Lundi 29 mai à 20h30, Ciné-Kaizen au Chaplin Denfert, projection de Captain Fantastic puis échange avec Clara Bellar et Mélissa Plavis.

• Mardi 30 mai 18h30-19h30 : Signature en Librairie Actes Sud – Les Originaux Galerie, 37 Rue Saint-André des Arts, Paris, Paris 6e St-Michel.

• Jeudi 1er juin 18h à 19h : Rencontre-dédicace à Chantelivre, 13 rue de Sèvres, Paris 6e.

• Jeudi 1er juin à 19h au Liberté Living-Lab : séance anniversaire en présence de Clara Bellar et suivi d’une dédicace du livre. Séance mise en place par Judith Grumbach, réalisatrice d’Une Idée folle.

• Samedi 3 juin : Rencontre-dédidace au Cultura de la Villette (Ville-Up, Paris 19e), de 16h à 17h.

• Samedi 10 juin : Signature à la librairie-salon de thé-restau bio Mille feuilles à BIEVRES (28 rue de l’église), de 16h30 à 17h30.

• Dimanche 11 juin : 2e Journée pour réinventer l’école par l’Ecole démocratique de Paris. Table-ronde et ateliers-rencontres avec François Bégaudeau et Clara Bellar et beaucoup d’autres.

• Samedi 17 juin à 14h30, Être et devenir au cinéma Le Colombier à VILLE D’AVRAY, en présence de la réalisatrice. La projection sera suivie d’une séance de dédicace du livre à la librairie-restaurant bio Mille Feuilles de 16h30 à 17h30, située en face du cinéma, 3 à 5 rue de Versailles 92410 Ville d’Avray.

• Jeudi 29 juin à 20h30, Ciné-Kaizen au Chaplin Saint Lambert, Projection d’Être et devenir, échange avec Clara Bellar, suivi d’une signature du livre.

des Blocs d’Or pour les filles ?

Et pour continuer sur le sujet des blocs de construction, vous avez vu cette publicité pour la marque de jouets « GoldieBlox » (« blocs d’or ») ? la voici, elle est vraiment réjouissante :

(Vous pourrez trouver une traduction des paroles sur : www.madmoizelle.com/goldieblox-petites-filles-jouets-feminisme-212639)
La note d’intention de la marque dit en substance : « Nous sommes une compagnie de jouets qui veut montrer au monde entier que les filles méritent mieux que des poupées et des princesses. Nous croyons en la force de la féminité et que les filles vont – littéralement – construire l’avenir. »
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On ne peut bien entendu, qu’être d’accord, mais je garde une certaine ambivalence : est-ce que ce seraient les parents ou les enfants qui sont supposés avoir besoin de Boucle d’Or sur la boite pour qu’une fille reçoive un kit de construction scientifique ?
Est-ce que, plutôt que de les dénoncer, n’est-ce pas participer encore plus, et d’une façon insidieuse, à la profusion de jouets genrés ?

Qu’est-ce qu’on sème ?

« c’est sans doute parce qu’elles sont moins diplômées/compétentes/travailleuses/ambitieuses/expérimentées. »

Si vous pensez que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits…
Si vous pensez que les femmes sont des êtres humains…
Alors, bonne nouvelle, vous êtes féministe !

Binary féminism
Binary feminism

Un combat d’arrière-garde ? Dépassé ?
Hélas non, si on en croit le rapport 2013 sur l’égalité homme-femme dans le monde, les femmes en France sont confrontées à une injustice sérieusement ancrée dans les esprits dès qu’on touche à la question professionnelle : sur les 136 pays examinés, la France est en 67ème position en termes d’opportunité professionnelle et en 129ème position en terme d’égalité des salaires ! (En revanche, excellents scores pour l’accès à la santé et à l’éducation)

Comment c’est possible ?
Quant on évoque le sujet, la plupart des gens (hommes et femmes) réagissent en haussant les épaules ou levant les yeux au ciel, répondent par des « est-ce bien important ? », « oui, mais tu sais les femmes se limitent toutes seules », « pfff, tu en es encore là », « oui, mais elles sont moins diplômées/compétentes/travailleuses/ambitieuses/expérimentées », « oui, mais c’est parce qu’elles tombent enceintes* », et bien d’autres, je vous invite d’ailleurs à compléter la liste.
Ainsi, on continue à rationaliser, justifier l’injustice, expliquer que la situation est normale, ne mérite pas discussion et que les femmes sont peut-être à l’origine de cet état de fait.
Or, tant qu’on persiste dans ce mix de déni et de « blamons la victime », ça ne bougera pas.

En tant que parents, on fait quoi ?
Déjà, on peut s’interroger sur le modèle qu’on présente à nos enfants. Pour chaque maman qui accepte d’être sous-payée et qui subit passivement d’être l’inférieure hiérarchique d’un homme moins compétent qu’elle**, il y a des enfants qui apprennent par l’exemple que la vie c’est comme ça, que les femmes sont moins considérées que les hommes, et donc moins payées. Et pour chaque papa qui hausse les épaules quand la question de l’égalité des droits et des chances est posée, il y a des enfants qui apprennent que le sujet est, au choix, sans intérêt, honteux, inutile, etc. La misogynie, c’est comme le racisme, on peut faire tous les grands beaux discours qu’on veut, les enfants l’apprennent surtout par imprégnation culturelle.
Ensuite, on peut discuter avec nos filles ET nos garçons de l’état d’esprit qui prévaut dans le monde du travail. Appuyons-nous sur le sens la justice qui est si vif chez les enfants. On trouvera une illustration exemplaire avec cet organigramme pour expliquer ce qu’est le plafond de verre :

1 entreprise, 31 employés dont 4 à la direction, 27 femmes et 4 hommes. Devinez à quels postes ? Ah, mais c'est sans doute parce qu'elles sont moins diplômées/compétentes/travailleuses/ambitieuses/expérimentées...
1 entreprise, 31 employés dont 4 à la direction, 27 femmes et 4 hommes. Devinez à quels postes ? Ah, mais c'est sans doute parce qu'elles sont moins diplômées/compétentes/travailleuses/ambitieuses/expérimentées...

*elles tombent enceintes dans tous les pays…
** j’ai testé pour vous, c’est parfaitement déprimant et mène à la question suivante : le principe de Peter s’applique-t-il aux femmes ?

Hormones et féminisme

On s’amuse bien quand on se plonge dans la question des relations entre le féminisme et le maternage. Surtout quand nos enfants deviennent ados.

Jusque dans les années 90, le féminisme avait à sa disposition deux grands courants. Caricaturons un peu :
– l’essentialisme : il y a une différence fondamentale entre un homme et une femme et le féminisme doit mettre en avant les qualités dont la nature a spécifiquement doté les femmes. En gros, nos différences existent, elles sont innées et il faut les mettre en valeur.
– le constructionnisme : il n’y a aucune différence fondamentale entre un homme et une femme et le féminisme doit faciliter l’accès aux qualités que la culture confère aux hommes. En gros, nos différences sont des pures constructions sociales et une femmes libérée doit avoir acquis les qualités considérées comme masculines.

Honey-Boo-Boo désole les féministes essentialistes autant que les constructionnistes
Honey-Boo-Boo met d'accord les féministes essentialistes et constructionnistes

Je parle ici en mon nom : aucun des deux courants ne me convient (pour le dire gentiment). Le premier est sexiste et tend à favoriser les discriminations dont sont victimes les femmes, même si je reconnais qu’il est nécessaire de se battre pour que les qualités supposément féminines (care, empathie, etc) soient mieux considérées. Le second a certes comme avantage de parvenir à réduire les discriminations, toutefois au mépris des qualités traditionnellement attribuées aux femmes, et notamment au mépris des besoins des enfants, qui sont alors considérés comme un outil social d’oppression.

J’ai bien dit que je caricaturais, ne sortez pas tout de suite les griffes, je sais que c’est nettement plus compliqué que ça. Déjà parce que les féministes constructionnistes en France sont imprégnées de psychanalyse et que la psychanalyse est ultra-essentialiste, ce qui rend toutes ces théories un brin chaotiques. Et que les essentialistes françaises sont imprégnées de marxisme, qui pose que l’oppression des femmes par les hommes est indispensable à l’établissement des classes sociales, un facteur d’entropie supplémentaire donc. Et puis il y de nombreux courants, sous-familles, etc, faut pas croire qu’on peut si facilement mettre le féminisme en cases…

Quand je vous disais qu’on s’amuse !

Tant que la discrimination sera réelle, les injustices statistiquement significatives et que les victimes resteront nombreuses, le féminisme sera nécessaire, et heureusement que la théorie des genres, soutenue par la biologie, est venue nous offrir des perspectives de nuances.

Merci à l'irremplaçable Catherine Opie de bousculer nos préjugés
Merci à l'irremplaçable Catherine Opie de bousculer nos préjugés

Quel rapport avec les ados ?
La pression sociale à distinguer les genres atteint des sommets quand nos enfants deviennent adolescents. C’est le sujet de notre « Stop à l’hypersexualisation », un livre à mettre dans les mains de toutes les familles. Exemples : Une jeune fille fait une crise de nerf ? Nah, ce sont les hormones, ce sont toutes des hystériques (et surtout pas parce qu’elle aurait un motif légitime de mécontentement). Un jeune homme force une jeune femme a un rapport sexuel non consenti ? Rho, ce sont juste les hormones, il n’y peut rien le pauvre, tout le monde sait bien que quand les c***lles commandent, il faut obéir (et surtout pas parce que la culture du viol a fait partie de son éducation).

Maintenant, nier les hormones n’a pas aucun sens. Il suffit d’avoir vécu une fois un boost hormonal pour savoir que ces petites choses ont une influence majeure sur nous, certes certes… Comme le stress, le manque de sommeil, l’hypoglycémie, etc. Et oui, nous sommes des mammifères, la réalité physiologique est là. Et pendant l’adolescence, elle se fait entendre. Sauf que la réalité physiologique est nuancée, contrairement aux dogmes sexistes, et qu’une bouffée hormonale est quelque chose qu’on peut apprendre à vivre et utiliser en pleine conscience. Un apprentissage que nos beaux adolescents sont bien plus prêts à acquérir qu’on ne le croit parfois.

Sainte Marguerite d'Antioche, protectrice des femmes enceintes, chevauchant le dragon
Sainte Marguerite d'Antioche, protectrice des femmes enceintes, chevauchant le dragon

Et comme j’aime épicer de pop culture mes discours lénifiants, voici l’illustration parfaite de ce que je cherche à dire : Big Bang Theory, saison 7 épisode 2 [SPOILER ALERT].

Howard a pris du poids et se comporte étrangement. Bernadette découvre qu’il a reçu par erreur une forte dose d’œstrogènes. Elle lui dit « C’est donc pour ça que tu es bouffi, hyper émotif et particulièrement pénible ». Il répond « Mais toi, tu es remplie d’œstrogènes, et tu ne comportes pas comme ça ». Elle explique « C’est parce que je suis une femme, j’ai eu des années pour apprendre à chevaucher le dragon ».

L’intrication de la nature et de la culture en une seule phrase. Merci Chuck Lorre d’avoir réconciliés essentialisme et constructionisme.

Quand une grande marque déshabille leurs mannequins mais refuse à une mère d’allaiter son enfant…

tt-bbCertains crient au loup, d’autres passent leur chemin, d’autres encore refusent de voir de la discrimination et parlent d’un « incident regrettable », mais il serait dommageable de minimiser l’impact de tous ceux qui ne veulent pas lâcher prise suite à l’affaire Célio qui a refusé à une maman qu’elle allaite son enfant. Voir le dernier article sur ce blog, les détails sont dans les articles précédents : http://editionsduhetre.fr/?p=1288.
Nous vivons une époque formidable ! On arme les enfants dès l’âge de 5 ans avec de véritables armes, on donne le modèle d’une escort girl mineure comme vie de rêve à nos toutes jeunes filles à peine sorties de l’enfance, mais lorsqu’il s’agit de nourrir son enfant au sein niet !
Oui il s’agit bien de nourrir, je vois vos sourires, ce n’est pas le fait de nourrir qui gêne ? c’est le sein ? Ah pardon ! J’oubliais que dans l’époque formidable que nous vivons nous ne pouvons pas dévoiler cette partie intime de l’anatomie féminine….
Jusqu’où faut-il aller pour réveiller les consciences ? A commencer puisque c’est de cela qu’il s’agit par respecter le droit fondamental d’une femme d’allaiter ? Allaiter est naturel, autant que manger ou dormir. La différence réside principalement dans le fait qu’allaiter un bébé est une occupation à quasi plein temps… alors il faudrait donc enfermer ces mères entre 4 murs ?
Si l’on a besoin de se révolter contre le monde entier, les raisons sont nombreuses, les deux exemples cités plus haut n’en sont qu’une toute petite pointe de l’iceberg… et non seulement ainsi on laisse tranquillement les femmes faire ce magnifique travail qu’est celui de mère, mais on pourrait même les soutenir, les encourager, un sourire à cette maman qui allaite, une mot réconfortant pour cette autre maman qui console son petit qui pleure de frustrations sont autant de gestes qui faciliteront la vie pour tous.
Quant à la direction de Célio, j’ose espérer qu’ils vont considérer ce « déplorable incident » comme il se doit et témoigner d’excuses sincères auprès de la maman.
Pour conclure en ouvrant le débat, il serait très intéressant de savoir comment Célio gère les congés maternité et puis tiens, l’heure légale pour allaitement ? Mesdames les employées de Célio, êtes-vous libre de disposer de cette heure pour allaiter votre enfant ? Enfin messieurs les employés de Célio, vous sentez-vous libres de prendre un congé parental ou des congés pour enfant malade sans mettre en péril votre carrière ?

Victorine

Augustine à la lumière de « Enquête aux archives Freud »…

Augustine, le film d’Alice Winocour sorti tout récemment raconte l’histoire d’une jeune domestique atteinte d’hystérie, et de son hospitalisation dans le service du professeur Jean-Martin Charcot, à l’hôpital de la Salpêtrière, à la fin du 19ème siècle. A la lumière de Enquête aux archives Freud, notre dernier livre, ce beau film sensible prend soudain

Charcot au chevet d'Augustine
Charcot au chevet d'Augustine
tout son sens. Comme Jeffrey Masson nous le rappelle, Freud a effectué un séjour d’études à Paris dans le service du professeur Charcot, qui a eu une influence déterminante dans son parcours, et déjà dans son intérêt pour l’hystérie.
Maladie propre à cette époque, l’hystérie féminine, spectaculaire et mystérieuse, avec ses troublants symptômes sexuels, s’expose alors, au sein même de l’hôpital, comme un divertissement morbide auquel assistent médecins, notables et curieux, les célèbres leçons de Charcot.
Alice Winocour sait brillament en rendre l’atmosphère oppressante, la solitude de la patiente bête de foire, hypnotisée et conditionnée (elle fait dire à Charcot que la patiente est « exercée ») à reproduire les crises sous hypnose, se roulant et se tordant dans des attitudes explicites, obéissant à ce qui est attendu d’elle ; lorsqu’on comprend l’aura qu’exerce Charcot, il apparaît bien que le jeu est trouble, qu’être une patiente docile est la seule issue pour échapper au terrible enfermement hospitalier en attirant l’attention du maître, dans l’espoir de guérir…
La scène de la première crise d’hystérie d’Augustine, lorsqu’elle sert à table, fait extraordinairement écho à la première théorie de Freud sur l’origine de l’hystérie, c’est-à-dire les abus sexuels subis dans l’enfance : Augustine tombe au sol, se tord et se débat, en suppliant « Arrête, arrête… » et en tentant d’éloigner des mains imaginaires qui l’étrangleraient : pourrait-on mieux montrer qu’elle revit la terreur d’un abus subi à un âge où elle n’avait pu ni se défendre, ni le comprendre ?
Et comment s’étonner, au vu de l’absence complète de considération pour les femmes, encore plus les femmes pauvres et malades, dans le service de Charcot (manipulées, dénudées, droguées, attachées), conforme sans doute aux moeurs de l’époque, que l’idée même qu’un abus puisse les rendre malades n’aurait eu aucun sens pour les médecins de l’époque ?
Le film n’est cependant pas manichéen et fait oeuvre épistémologique en montrant aussi la quête tragique du médecin, devant des mystères qui le dépassent, qu’il tente d’élucider à l’aide de moyens dont les progrès de notre époque soulignent le côté terriblement dérisoire, de conceptions formelles mais irrationnelles et aléatoires… Il est cependant effrayant de constater que certaines sont encore à l’oeuvre pour les psychanalystes d’aujourd’hui, au travers d’une des idées les plus dictatoriales de la psychanalyse, la notion (complètement fictive, ainsi que l’ont fermement démontré les approches neuro-cognitives) de déplacement de symptôme dont on devine que Freud l’a reprise à Charcot, qui constatait, totalement démuni, les paralysies sans cause organique passant comme magiquement de l’oeil au bras…
Ce film vient donc bien à l’appui de la première théorie de Freud sur l’étiologie de l’hystérie, l’abus sexuel, tout en nous montrant, en complément au travail de Jeffrey Masson, dans quel contexte social -l’inexistence de la dignité des femmes-, académique -éternels jeux de pouvoir et d’influence avec les financeurs et les dispensateurs d’honneurs – et scientifique -une médecine entièrement démunie et inopérante, tant dans ses concepts que dans ses outils-, Freud l’a abandonnée pour inventer la théorie des pulsions, contre les dégâts de laquelle la lutte est encore inachevée.
Toute la mélancolie d'Augustine jouée par l'actrice Soko
Toute la mélancolie d'Augustine jouée par l'actrice Soko

Enquête aux Archives Freud

Nous profitons du calme de l’été pour avancer nos projets éditoriaux à grands pas. Parmi ces projets, je suis particulièrement heureuse de la (ré)-édition du livre de Jeffrey Masson sur la psychanalyse. L’édition 2012 est largement augmentée par rapport à l’édition 1984, le matériel présenté est particulièrement intéressant.

La traduction approche de sa fin, la souscription est ouverte. En attendant, je ne résisterai pas au plaisir de régulièrement partager sur ce blog nos impressions (ce livre suscite de nombreux échanges au sein de notre équipe) et quelques extraits du texte.

Voici pour commencer un dialogue issu de nos échanges par e-mail, et qui vous donne un aperçu de ce dont traite le livre…

Emma Eckstein
Emma Eckstein

Question :
Je ne comprends pas trop l’histoire d’Emma Eckstein.  Elle était suivie par Freud pour hystérie et avait un problème dans la cavité nasale, c’est bien cela ? Il est écrit quand même que ses lésions avaient une odeur fétide Oo
Alors, je ne comprends pas pourquoi on parle des deux choses, ses lésions d’une part, et du fait qu’elle était traitée pour hystérie… Les deux peuvent être liés ?

Réponse :
De ce que j’ai suivi, Emma Eckstein était effectivement suivie pour hystérie (En fait, cycles irréguliers et douleurs abdominales ! Soit-disant causées par la masturbation, ah ah ah, bref). Fliess, l’ami de Freud, qui était ORL, a trouvé un lien anatomique entre le nez et les organes sexuels, et il était supposé pouvoir guérir les troubles sexuels ou liés aux organes sexuels par une opération du nez… Opération que la pauvre Emma Eckstein a subie. Fliess a oublié un pansement dans son nez, d’où pas de guérison, infections (et odeur !), hémorragie and co (Fab dit que Emma Eckstein était en plus hémophile, et peut-être souffrait d’endométriose). Elle a failli y rester plusieurs fois, elle a été défigurée par l’opération, et bien entendu aucune amélioration de ses autres problèmes. D’autres médecins l’ont soignée in extremis, et il y a eu un mic-mac entre Freud et Fliess d’un coté et les autres toubibs de l’autre coté, concernant l’erreur médicale patente que Freud refuse d’imputer à son ami Fliess, qui lui-même refuse de la reconnaitre.
A noter quand même qu’on trouve des passages de médecins contemporains, cités dans les lettres de Freud/Fliess (ou des références à eux), médecins qui ont critiqué les livres de Fliess et ses théories hallucinantes sur les liens nez-organes génitaux, donc même à l’époque, certains avaient malgré tout du bon sens…

Revue de presse : Le Monde, « Européennes, diplômées et femmes au foyer »

Un livre pour réfléchir sur le soin porté à autrui
Un livre pour réfléchir sur le soin porté à autrui

Lu hier dans le Monde, cet article au titre claquant « Européennes, diplômées et femmes au foyer » (http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/08/03/europeennes-diplomees-et-femmes-au-foyer_1742099_3232.html).

Il est signé de Birgitta Ohlsson, ministre suédoise des affaires européennes et, précise complaisamment Le Monde membre des « Jeunes dirigeants du monde 2012 désignés par le Forum économique mondial ».

La sobriété du titre de cet article souligne paradoxalement l’anormalité de cette situation, « femmes au foyer » et « diplômées », du moins aux yeux de cette femme politique. Si les inégalités salariales entre hommes et femmes, ou la part dérisoire de femmes ayant des responsabilités politiques sont des problèmes réels, et de vraies luttes encore à mener, l’approche purement capitaliste du reste de la démonstration fait froid dans le dos : car en effet, « 76 % des hommes, en moyenne, sont présents sur le marché du travail tandis que les femmes ne le sont qu’à hauteur de 62 % ». Et, d’après « un rapport de recherche, publié par l’université d’Umeå (Suède), (…), si les femmes étaient aussi nombreuses que les hommes sur le marché du travail, le revenu national brut de l’Union Européenne pourrait augmenter de 27 %. » Que ne se jette-on pas sur cette possibilité d’ augmentation si désirable du « revenu national brut de l’Union Européenne », en effet ?

Mais les empêcheurs d’augmentation des revenus sont toujours les mêmes : les enfants, et les personnes âgées, auxquels les femmes consacrent un temps et des « compétences » qui ainsi « ne sont pas mises à profit » (car bien sûr, mettre des compétences acquises à travers une formation universitaire au service de ses proches, de son développement personnel, ne profite pas au PIB, et n’est donc pas mis à profit.)

Birgitta Ohlsson a heureusement réfléchi à des solutions : tout d’abord, « un accueil de qualité ne doit pas être un privilège mais un service auquel tout parent doit avoir accès. Il doit être rentable de travailler, même après avoir eu des enfants. Voilà pourquoi le coût de l’accueil de l’enfance doit être subventionné ou déductible. »

Plusieurs commentaires ici : la rentabilité ne se conçoit bien sûr que financièrement, il n’est pas question de la fatigue ou de la distance affective, qui ont pourtant bel et bien un coût. Les subventions ou la déductibilité sont d’ailleurs des coûts, et il est inquiétant qu’une personne qualifiée de « jeune dirigeant du monde » ne s’en aperçoive pas : des services de garde « de qualité » ont un coût sans commune mesure avec une garde familiale, et ce coût devra bien être assumé par quelqu’un. L’Etat, c’est-à-dire les citoyens, parents ou pas ? Les entreprises, au détriment donc de leur compétitivité, ou des salaires des employés, les obligeant à travailler plus pour que leur travail soit rentable, et donc accroissant leurs besoins de garde, donc leurs coûts, et… ?  Et encore, il ne s’agit que d’un raisonnement économique, faisant abstraction des coûts affectifs de cette situation.

De la même façon, s’insurge, Birgitta Ohlsson, «  l’assistance aux personnes âgées devrait être améliorée et renforcée. Aujourd’hui, il est fréquent que des femmes aient la responsabilité de la prise en charge, bénévole, de leurs parents. » Qui va prendre en charge cette assistance, physiquement et émotionnellement difficile ? A quel coût, pour qu’elle soit de qualité ? Et qui va payer, une nouvelle fois ?

Ces déclarations d’intention relèvent entièrement du genre bureaucratique ; on a envie de renvoyer Birgitta Ohlsson aux travaux pionniers des sociologues américaines du care (pour une première approche du sujet, voir Qu’est-ce que le care ? Souci des autres, sensibilité, responsabilité, de Pascale Molinier, Sandra Laugier et Patricia Paperman, Payot, 2009) pour qu’elle ait une chance de comprendre ce que recouvre réellement la dimension de la prise en charge des personnes faibles et dépendantes.

Car si les femmes diplômées participent à l’escalade économique au même titre que les hommes (alors que tous devraient plutôt chercher à en sortir), il faudra bien que d’autres se chargent de leurs tâches familiales : d’autres femmes, moins diplômées forcément, immigrées peut-être (la famille de ces femmes étant ainsi privée de leur présence…), rendant ainsi fort compliquée la prise en charge de qualité. Birgitta Ohlsson ne semble pas voir en effet que la qualité relationnelle est une compétence de haut niveau, encore plus quand elle doit être mise en œuvre face à des personnes étrangères sur le plan affectif. Elle ne s’impose pas d’un décret européen, fût-ce au nom des impératifs de croissance.

Enfin, la proposition d’une imposition individuelle, pour empêcher les femmes de « dépendre » du père de leurs enfants, est aussi une attaque envers les liens que les personnes peuvent vouloir créer entre elles, là où la réalité des besoins humains refuse de céder, toujours elle, à la « rationalité » des contraintes économiques.

Si le féminisme, c’est se soumettre à des valeurs uniquement marchandes, alors c’est  échanger une servitude contre une autre. C’est un meilleur partage du soin qu’il faut viser, pas un meilleur partage d’une lutte économique absurde et destructrice.